LES GUERRES
BIBLIQUES et le « Dieu des armées
»
Avec la deuxième
moitié du livre des Nombres commencent les
récits de la conquête de Canaan. Cela
n'ira pas sans effusion de sang, l'histoire
d'Israël sera émaillée de
batailles. Si, dès l'Exode et les Nombres,
on trouve «Yahvé » à la
tête des forces d'Israël, ce n'est que
dans le livre de Samuel qu'apparaît «
Sabaot » rendu par « Dieu des
armées ». La liturgie romaine d'avant
le Concile l'employait dans le « Sanctus
». La réforme liturgique l'a traduit
par « Dieu de l'Univers ».
Le Dieu « Sabaot »
serait en effet plus exactement le « Dieu des
forces », forces terrestres des armées
d'Israël sans doute, mais plus encore forces
célestes que sont les anges ou même
les constellations innombrables qui forment
justement l'univers.
Il reste que l'Ancien
Testament nous présente bien des guerres -
et des guerres sans merci - comme voulues,
bénies, exigées par Dieu. Le
caractère souvent inhumain et parfois
franchement immoral des épopées
accomplies en son nom fut même l'un des
arguments d'élection des rationalistes du 18
ème siècle contre toute religion
révélée.
A vrai dire, cet aspect du
problème est complètement
étranger aux auteurs inspirés pour
lesquels ces moeurs très rudes
étaient sans doute fort naturelles dans le
contexte de leur époque. La thèse
théologique qui sous-tend ces récits
guerriers, c'est que le vrai combattant et le vrai
vainqueur c'est Dieu et non pas les guerriers
d'Israël. C'est pourquoi la stratégie
et le rapport des forces en présence a si
peu d'importance, et que seul compte la
docilité aux ordres divins. Minoritaire,
Israël vaincra s'il agit conformément
à la volonté de son Dieu. Dans le cas
contraire, même majoritaire, il perdra. Tel
est le leit-motiv.
« Dieu le veut !
»
Mais cette thèse ne
suffit pas à dissiper un malaise bien
compréhensible chez l'homme d'aujourd'hui.
Pour éclairer ce problème difficile,
il faut le confronter avec des faits plus proches
dans le temps.
« Dieu le veut »!
s'écriaient les croisés en partant
guerroyer contre les Sarrazins.
Dieu le voulait-il vraiment?
Quel est le théologien sérieux qui
oserait l'affirmer de nos jours? Et cependant toute
la chrétienté médiévale
en fut alors persuadée.
Pareillement, jusqu'à
une époque extrêmement récente,
la morale « bien pensante » admettait une
conception assez large de la juste guerre et
souvent la conscience chrétienne identifia
spontanément la victoire militaire à
la bénédiction divine et la
défaite au châtiment.
Il n'est que de se souvenir
des interprétations de la malheureuse
campagne de France en juin 1940. Qui n'a pas
entendu de la bouche de « sages » que la
France avait été châtiée
à cause de ses péchés?
Voilà qui nous fait
peut-être sourire aujourd'hui. Cela ne date
pourtant que de trente ans à peine.
De plus, il est
indéniable que le Dieu qui l'avait
tiré d'Egypte et lui donnait la terre de
Canaan en possession éternelle enjoignait
à Israël de la conquérir, et de
la conquérir à la pointe de
l'épée parce que tels étaient
les usages de tous les peuples de ce temps,
à moins qu'on n'exige un miracle
perpétuel qui foudroie tous les ennemis. Le
texte biblique affirme qu'il y en eut. Mais la
maxime « aide-toi toi-même, le Ciel
t'aidera » transparaît souvent.
Quelle qu'ait
été la contribution humaine à
l'accomplissement de la volonté de Dieu,
l'entrée en Terre promise devait être
un don. Ce devait être le « don d'une
conquête », comme ce fut dit très
justement. De là à identifier comme
une volonté explicite de Dieu toutes et
chacune des lois qui régissaient la guerre
à cette époque, extermination ou
asservissement des vaincus, destruction de leurs
villes et autres procédés,
hélas parfois encore en usage, mais
aujourd'hui universellement
réprouvés, il n'y avait qu'un pas
à faire et Israël le fit
aisément.
Si le plan adopté par
Dieu pour doter Israël d'une Terre impliquait
inévitablement des guerres, cela ne signifie
pas que Dieu ait voulu directement tout ce qui se
passa à l'occasion de celles-ci.
Le « Dieu des
armées » n'aime pas la guerre
L'ensemble de la Bible nous parle d'un Dieu qui en
aucune manière n'aime et ne favorise la
guerre : le Deutéronome (chap. 20. vers.
10-14) exige qu'on offre la paix avant d'engager la
bataille et qu'on ne se livre à celle-ci que
si elle s'avère inévitable. David, ce
grand guerrier devant l'Eternel, à qui
Israël doit d'avoir fait politiquement son
unité, s'est vu refuser par Dieu la joie
suprême de bâtir le Temple parce qu'il
avait fait trop de guerres. Ce sera son fils
Salomon, dont le nom signifie « le Pacifique
)>, qui construira le Temple de
Jérusalem.
Car la paix demeure
liée à Dieu, à sa
résidence et à son culte, même
si les contingences de l'histoire
nécessitent des engagements
armés.
C'est en ce sens que la
tradition juive interprète cette
prescription curieuse qui veut que l'autel soit
bâti de pierres non polies : parce que,
disent les rabbins,
l'autel établit la
paix entre Dieu et les hommes, par le sacrifice, et
il ne convient pas que les pierres qui le composent
aient été profanées par le fer
qui tue et introduit la division parmi les
hommes.
Dom J.
GOLDSTAIN
En ce
temps-là, la Bible No 12 pages
III-IV.
©
En ce temps-là, la Bible
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