Du
petit royaume gaulois à la grande
province romaine
Les envahisseurs celtes
venus de l'ouest qui, au Ille siècle
avant notre ère,
déferlèrent sur l'Asie Mineure,
étaient des Gaulois : ceux que les Grecs
appelaient « les Galates ». Par deux
fois, Paul rendit visite à ces «
barbares » : au cours de ses seconds et
troisième voyages missionnaires (ACTES,
chap. 16, vers. 6; chap. 18, vers. 23 ). C'est
à lui surtout, beaucoup plus qu'aux rares
historiens de l'Antiquité
médiocrement intéressés par
leurs versatiles alliances, qu'ils doivent de
n'être pas tombés dans l'oubli :
selon la plus ancienne tradition, une
épître leur est effectivement
adressée.
Les origines et l'histoire
des Gaulois d'Asie demeurent encore pour une
bonne part mystérieuses. On sait qu'au
IVe siècle avant J.-C. des tribus venues
d'Europe occidentale déferlèrent
d'abord sur l'Illyrie (aujourd'hui l'Albanie) et
la Macédoine. Elles parvinrent ensuite
jusqu'en Asie Mineure et ravagèrent
toutes les régions de l'ouest et du
centre.
Le premier monarque
à leur résister fut Antiochus 1er,
roi de Syrie (261-261 avant J.-C.) ; il y gagna
son surnom de Sôter : « le Sauveur
». Les Galates s'attaquèrent ensuite
au royaume d'Attale 1er, roi de Pergame (241-197
avant J.-C.) qui, lui aussi, les repoussa
brillamment et réussit à les
confiner dans une région
écartée (en Phrygie et en
Cappadoce) où ils se fixèrent
définitivement, et à laquelle on
donna le nom de Galatie, tiré de celui de
ses nouveaux habitants.
La Galatie
s'étendait sur cent cinquante
kilomètres environ du nord au sud, et
trois cents d'est en ouest, dans une
région qui, à quelques arpents
près, est sans doute la plus monotone
d'Asie mineure. Les arbres y sont rares, les
hivers longs, les étés
brûlants. Seuls d'immenses troupeaux de
moutons et de chèvres angoras peuplent
ces paysages désolés. A leur
arrivée, les Galates trouvèrent
là une pacifique population phrygienne
dont ils se rendirent rapidement maîtres
malgré leur petit nombre, et
constituèrent une aristocratie
guerrière qui s'installa dans de gros
bourgs fortifiés et y vivait
entourée d'un luxe rude et
barbare.
De fait, Tite-Live et
Polybe décrivent ces remuants guerriers
comme totalement étrangers aux
raffinements de la civilisation grecque : ils
combattaient tout nus, sans ordre ni tactique,
armés de longues épées et
de larges boucliers de bois. Leur mode de vie
fruste, loin des grandes villes, préserva
longtemps leurs coutumes indigènes. Ainsi
saint Jérôme raconte-t-il qu'au IVe
siècle de notre ère ils parlaient
encore entre eux leur dialecte gaulois,
même si la plupart connaissaient le
grec.
Un siècle
après leur installation en Asie Mineure,
ces « barbares » furent défaits
par les armées romaines. Ils
entrèrent' alors dans l'orbite des rois
du Pont. Mais lorsque Mithridate VI, dit «
le Grand », le plus célèbre
de ceux-ci, déclara la guerre à
Rome, les Galates se rangèrent aux
côtés des Romains. Mithridate,
furieux, organisa un raid de représailles
en Galatie et massacra beaucoup de ses anciens
alliés infidèles (en 86 avant
notre ère). Vingt ans plus tard,
Mithridate fut à son tour
définitivement battu par Pompée,
et Rome étendit son empire à toute
l'Asie Mineure. Le peuple des Galates
étant composé de trois tribus, le
Romain nomma à leur tête trois
tétrarques (en 64 avant J.-C.). L'un
d'eux, Deiotarus, le plus puissant et le plus
ambitieux, réussira bientôt par
l'intrigue et le meurtre à se faire
reconnaître roi par Rome.
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Du petit royaume
gaulois à la grande province
romaine
Après sa mort, en
39, son secrétaire Amyntas lui
succéda sur le trône. Bien qu'il
fût allié d'Antoine à
Actium, Octave-Auguste le confirma dans ses
fonctions royales. Mais lorsqu'il mourut (en 25
avant notre ère), son petit royaume
devint « province romaine », ainsi
qu'il l'avait lui-même souhaité.
Or, pour donner à ce territoire exigu une
consistance administrative suffisante, Auguste
va lui rattacher plusieurs régions
avoisinantes : au nord, la Paphlagonie et une
partie du Pont; la Phrygie à l'ouest; et
au sud, la Pisidie, une partie de la Pamphylie,
de la Lycaonie, de l'Isaurie et de la Cilicie.
C'est cette « Galatie méridionale
», où sont tracées quelques
routes, et parsemée de villes
d'inégale importance, telles Antioche de
Pisidie, Iconium, Lystres, Derbé,
où les Juifs se sont installés
nombreux; Paul la parcourut dès son
premier voyage (ACTES, chap. 13 à 14,
vers. 19).
On verra que tous les
exégètes ne sont pas d'accord sur
les destinataires de la sévère
épître de Paul : depuis quelques
décennies, certains auteurs pensent aux
« Néo-Galates » du sud, de
préférence aux véritables
Galates : les Celtes de la vraie « Galatie
», celle du nord.
Mais si ce problème
humain intéresse les historiens, la
solution qu'on lui donne ne change rien à
l'enseignement de l'Apôtre, « car je
vous le déclare, dit-il,
l'Évangile qui vous a été
prêché par moi n'est pas de l'homme
» (AUX GALATES, chap. 1, vers. 11 ) : il
est bien le même pour les Juifs, les
« Grecs »... et les Gaulois.
M.-C.
HALPERN