L'espion qui venait du
froid
Selon la
célèbre «théorie du
chaos», le battement des ailes d'un papillon
à Singapour peut provoquer une
réaction en chaîne susceptible de se
terminer par une tornade sur la côte Est des
Etats-Unis. En appliquant la même logique, il
est possible d'arriver à la conclusion que
la chute du mur de Berlin n'aurait jamais eu lieu
si Viktor Greibsky n'avait pas existé. Il y
a environ 38 ans, le destin a donné
l'occasion à cet Israélien,
aujourd'hui âgé de 70 ans,
d'écrire un chapitre déterminant de
l'histoire mondiale.
C'est dans les années
cinquante que Greibsky, à l'époque
journaliste de renom en Pologne et aujourd'hui
ombudsman de la société de
radiodiffusion israélienne, influença
le cours de l'histoire. En effet, il réussit
à livrer aux services secrets
israéliens l'intégralité du
discours secret de Khrouchtchev dans lequel
celui-ci dénonçait pour la
première fois les crimes de Staline.
En 1956, tous les services
secrets occidentaux tentèrent de
s'approprier la version intégrale et
officielle de ce discours historique. Les meilleurs
agents furent utilisés pour cette mission et
des sommes considérables y furent
consacrées. La C.I.A. proposait à
elle seule un million de dollars - une somme
colossale pour l'époque - à celui qui
ramènerait ce document tant convoité.
Mais les tentatives américaines furent
vaines. Seul Viktor Greibsky parvint à
exécuter ce coup de maître, et comme
dans tous les thrillers dignes de ce nom, le hasard
l'aida beaucoup dans son entreprise.
Tout se passe en mai 1956.
Quelques semaines plus tôt, à
l'occasion du vingtième congrès du
parti communiste de l'URSS, Khrouchtchev avait
dénoncé dans un discours les
atrocités commises par Staline. La
stupéfaction des 1200 personnes
présentes dans la salle n'eut d'égale
que l'émotion profonde provoquée par
cette allocution. Pour la première fois, un
homme politique soviétique de haut rang
osait critiquer publiquement celui qui jusqu'alors
était unanimement considéré
comme le «petit père des peuples»,
comme un demi-dieu en quelque sorte. L'intention de
Khrouchtchev était de garder ce discours
secret. Il savait qu'une large diffusion non
contrôlée de ce texte provoquerait une
dangereuse agitation dans le monde communiste. Le
discours ne fut donc tiré qu'en sept
exemplaires et envoyé aux présidents
de parti du bloc communiste, avec l'instruction
formelle de garantir la confidentialité de
son contenu. L'une de ces copies atterrit sur le
bureau du premier secrétaire du parti
communiste polonais, Edouard Ochab.
Viktor Greibsky se rendait
très fréquemment dans les bureaux du
gouvernement. Il était aussi très
lié avec Lucia, la secrétaire
personnelle d'Ochab, et il passait souvent la voir.
Au cours d'une de ces visites, il aperçut le
document secret sur le bureau de Lucia. Sa
curiosité éveillée, il
commença à le lire. Le nombre de
pages étant considérable, il demanda
à son amie s'il pouvait reprendre le dossier
afin d'en prendre tranquillement connaissance chez
lui. Lucia y consentit, en insistant toutefois pour
qu'il le ramenât le jour même, car elle
devait le ranger dans un coffre-fort.
Greibsky fut très
impressionné par la lecture de ce discours
et comprit pourquoi le monde entier le convoitait.
Il décida de le remettre à
l'ambassade israélienne.
Celle-ci ne lui était
pas inconnue puisque, durant les mois
précédant cette affaire, il s'y
était rendu à plusieurs reprises afin
de préparer son immigration vers
Israël. Un an auparavant, il avait en effet
visité Israël et adhéré
au sionisme, ce qui lui avait valu d'être
expulsé à la fois du parti et de
l'agence de presse pour laquelle il travaillait.
Lorsque ce jour-là, il arriva à
l'ambassade avec le document qu'il qualifia plus
tard de bombe à retardement, il savait
très bien à qui s'adresser. Le
document fut photocopié puis remis à
Greibsky qui le rendit quelques heures après
à Lucia.
Quelques jours plus tard, le
Premier ministre israélien de
l'époque, David Ben Gourion, entrait en
possession de cette copie. Ben Gourion était
un homme très intelligent, doté de la
faculté exceptionnelle de pressentir les
événements historiques. Après
avoir lu le document, il fit appeler le chef des
services secrets, Amos Manor, et lui parla en ces
termes: «Si ce document est authentique, dans
20 ans, le régime totalitaire de l'URSS aura
disparu». Une fois convaincu de son
authenticité, Ben Gourion prit une
décision importante: il offrit le document
aux Américains qui, à
l'époque, redoutaient toujours que le jeune
Etat d'Israël n'adopte une attitude
pro-communiste.
La C.I.A. vérifia
à son tour l'authenticité du discours
puis, conformément aux instructions du
Président Eisenhower, l'envoya au quotidien
«The New York Times». La publication des
atrocités commises par Staline fit le tour
du monde. Ce que Ben Gourion avait prédit se
produisit: les premiers signes de fêlure du
régime communiste se manifestèrent en
Hongrie, en Tchécoslovaquie et en Pologne.
Le communisme ne redeviendrait jamais ce qu'il
avait été par le passé.
Le succès
américain fut total et le chef de la C.I.A.,
Allan Dallas, put déclarer avec
fierté que la subtilisation du discours de
Khrouchtchev pouvait être
considérée comme le plus grand
exploit des services secrets américains sous
son commandement.
Le cadeau d'Israël, ce
«service diplomatique» rendu par les
services secrets israéliens aux
Américains, eut également des
répercussions d'un tout autre type. Les
relations israélo-américaines,
plutôt froides jusqu'alors, connurent un
début de réchauffement. Convaincue du
talent et des intentions bienveillantes des
services secrets israéliens, la C.I.A.
entama une étroite collaboration avec eux et
progressivement, une «alliance
stratégique» se noua entre les deux
Etats.
Viktor Greibsky, dont la
présence d'esprit avait
déclenché tout ce processus, immigra
en 1957 vers Israël et entra au service de la
radio. Il y mena une brillante carrière et
après seulement quelques années, il
fut nommé directeur du département
des émissions étrangères
diffusées dans pas moins de 20 langues. Peu
de personnes connaissaient son secret et
lui-même n'en parlait jamais. Les
années passant, il fut peu à peu
établi que c'était Israël qui
avait en réalité mis la main sur le
discours de Khrouchtchev, et non les Etats-Unis.
Cependant, le rôle qu'avait joué
Greibsky dans cette affaire est resté secret
jusqu'en ce mois de juin 1994.
En effet, 38 ans plus tard,
Greibsky a enfin rompu ce silence et raconté
son histoire dans un documentaire
réalisé par la
télévision israélienne. Dans
ce film tourné en Israël, en Pologne,
en Russie et aux Etats-Unis, Amos Manor, chef des
services secrets israéliens au moment de
l'affaire, s'exprime également et confirme
la version de Greibsky. Il y révèle
également que sa vie se trouva en danger
lorsque les Américains
décidèrent - avec le consentement
d'Israël - de publier le fameux discours. Le
film comporte également une interview du
chef du KGB dans les années 60. Selon lui,
le KGB avait pu découvrir que le discours
avait été initialement
dérobé en Pologne, mais ses services
n'avaient jamais réussi pour autant à
identifier les coupables.
Quant à
Greibsky, il affiche une attitude modeste quant au
rôle qu'il a joué dans cette affaire.
«Ce n'est pas moi qui ai fait
l'histoire», dit-il dans le film, «c'est
Khrouchtchev. Moi, je n'ai fait que la croiser
durant quelques heures et saisir l'occasion de
faire un cadeau à Israël. Ce discours
était en quelque sorte le bouquet de fleurs
que j'offrais à ma nouvelle
patrie.»
COMMENTAIRE
Avant toute chose, signalons
que Zwi Lidar, notre correspondant à
Jérusalem et l'auteur de cet article, a
lui-même été directement
impliqué dans cette affaire et y a
même apporté sa
«contribution».
Cet article nous montre de
manière éclatante que
fondamentalement, Israël est à
l'origine de toutes choses. Différents
passages de l'Ecriture le confirment d'ailleurs
directement ou indirectement (cf. Deut. 32, 8; Gen.
12, 3; Zach. 2, 8; Matth. 25, 40; Rom. 11, 15). En
1956 déjà, le jeune Etat
israélien ouvrait les yeux du monde sur la
malignité et les méfaits du
communisme. On peut dire sans hésitation
qu'à cette époque, l'Etat
hébreu encore tout neuf avait
démasqué l'imposture du
système communiste. Le communisme qui
proclamait haut et fort que «Dieu n'existe
pas» a dû céder face à
Israël, la preuve sur la terre de l'existence
de Dieu! Ce n'est pas un hasard si aucun service
secret occidental n'a réussi à
s'emparer du discours de Khrouchtchev et si le
Mossad israélien y est parvenu. Ce fait doit
être analysé sous l'angle de la Parole
prophétique, car dans l'Ecriture,
Jérusalem est appelée la «ville
de vérité» (cf. Zach. 8, 13;
version Darby). Mais il y a plus encore: c'est
à Jérusalem que Jésus-Christ,
sur la croix de Golgotha, a triomphé de
toutes les forces des ténèbres et les
a publiquement livrées en spectacle (cf.
Col. 2, 15). Aujourd'hui, c'est encore par
Israël qu'est révélée la
fourberie du monde; c'est précisément
ce qui explique les divergences de vue à son
sujet; c'est aussi la raison pour laquelle tant de
personnes et de nations sont malveillantes à
l'égard d'Israël. En effet, Israël
n'est pas un pays comme les autres: c'est celui du
peuple de Dieu! C'est le signal de Dieu et le signe
de notre temps indiquant que la fin est imminente
et que l'avènement du Seigneur est Proche.
C.M.
Nouvelles
d'Israël 08 / 1994
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Nouvelles d'Israël