De
1656 à 1685
La France
était-elle lasse de trente années
de « guerres de religion » ? Avec son
nouveau Roi, né et longtemps protestant
mais devenu catholique-romain, aspirait-elle
à la paix ?
« Cote mal
taillée », « affaire joliment
mal emmanchée », comme on l'a dit,
l'Edit de Nantes (après deux longues
années de discussion et de marchandages
entre les Commissaires royaux et
l'Assemblée politique des protestants -
années durant lesquelles la rouerie
d'Henri IV fit merveille -) fut signé le
13 avril 1598. Il faisait du protestantisme
français « une confession religieuse
désavantagée mais un corps social
et politique privilégié
».1*
(Une confession religieuse
désavantagée... ». L'Edit
commence par rétablir dans tout le
Royaume... le culte catholique-romain. Les
réformés, même là
où il n'y a qu'eux, ou presque, doivent
rendre à l'Eglise catholique-romaine les
édifices et les terrains qui
étaient devenus les leurs. Et, si les
réformés se voient accorder la
liberté de conscience, l'égale
admission aux charges publiques et aux divers
métiers, ainsi qu'une justice impartiale
par la création de Chambres mi-parties
auprès des Parlements de Bordeaux, de
Toulouse et de Grenoble, leur liberté de
culte (même assortie de la promesse d'une
somme de 45 000 écus par an pour
l'entretien des pasteurs) est fort restreinte.
Le culte réformé ne peut
être célébré que
là ou il l'était habituellement en
1596 et jusqu'en août 1597 ainsi que
là où l'avaient établi ou
rétabli les Edits de Poitiers ( 1577 ),
de Nérac ( 1579 ) et de Fleix (1580)
à raison d'un ou deux lieux par baillage.
Le plus souvent dans les faubourgs et non pas
dans les villes. Cela ne permettait en tout,
pour un « peuple »
réformé d'un million et demi de
personnes au moins, que 921
églises.
« Un corps social et
politique privilégié... ».
L'Edit remet en effet aux
réformés, pour une durée de
huit ans, 150 lieux de refuge environ, dont 70
places de sûreté (villes ou
forteresses), ce qui en faisait comme un Etat
dans l'Etat. Le trésor public devait
assurer l'entretien de ces places de
sûreté, la solde de leurs garnisons
et le traitement de leurs gouverneurs. De ce
point de vue, l'Edit, avec son cachet vert qui
en symbolisait le caractère
déclaré « perpétuel et
irrévocable »,était un
véritable Traité entre puissances,
ce qui, à l'intérieur d'un seul et
même Etat, ne pouvait vite qu'être
difficilement acceptable et supportable, tout
Etat devant normalement avoir le monopole de la
force armée sur un territoire
donné.
.
De 1520 à
1598
Comment en est-on
arrivé à ce malheureux Edit de
Nantes, lourd, en quelque sorte, de sa future
Révocation ?
Il faut bien voir qu'il y
a eu, dans les trois quarts de siècle qui
l'ont précédé, deux
périodes fort différentes.
1. - D'abord, de 1520
environ jusqu'en 1562, pendant une quarantaine
d'années, la Foi chrétienne
reformée va se développer en
France par les « armes de Dieu » dont
parle St Paul (Ep 6 : 10ss) et, en particulier,
par « l'épée de l'Esprit qui
est la Parole de Dieu ». La Bible, dont les
exemplaires ont été
prodigieusement multipliés par
l'imprimerie et dont le
contenu de sens, comme redécouvert, est
transmis, oralement ou par écrit, par
nombre d'hommes, clercs ou laïcs, est par
excellence l'instrument dont l'Esprit Saint se
sert pour opérer un merveilleux renouveau
(c'est cela la vraie Renaissance !). Il faut
évoquer ici la grande figure de Jacques
Lefèvre, d'Etaples, ( 1436 ? - 1536 ) qui
a lancé dans notre pays trois des mots
d'ordre de la Foi reformée (sola gracis,
sola fide et soli Deo gloria).2*Appuyée d'abord sur l'oeuvre
de Lefèvre et sur celle de Luther ( 1483
- 1546 ), puis sur celle de Calvin ( 1509- 1
564), commentateurs de la Sainte Ecriture, la
Foi réformée se développe
dans notre pays d'abord lentement, puis de plus
en plus vite, jusqu'à une sorte
d'explosion autour de l'année 1560. De
nombreux clercs et de nombreux artisans
propagent alors la Foi reformée, au
risque de leur vie. Durant ces quarante ans, de
nombreux martyrs vont illuminer et propulser la
Réforme française, les premiers
ayant été ceux de l'augustin Jean
Vallière (1523), du cistercien Pierre de
Sébiville (1525) et de Jacques Pavans
(1526). En 15 3 6, l'année de la mort de
Lefèvre à Nérac, en
Béarn, où il s'était
réfugié auprès de la soeur
de François 1er, Marguerite de Navarre,
Jean Calvin publiait la première
édition de son Institution de la religion
chrétienne.3*
Vécue d'abord dans
l'Eglise romaine (ce fut le cas pour
Lefèvre), puis hors de cette Eglise quand
elle refusa décidément de se
laisser reformer par la Parole de Dieu, la Foi
reformée connut en France, durant ces
années 1520 à 1560, sa
période « la plus florissante et la
plus pure ».4*Les « bibliens », qui
avaient d'abord continué d'aller à
la messe, vont se rassembler de plus en plus
à part afin de pouvoir lire,
écouter et suivre, en Eglises, la Sainte
Ecriture. Et alors qu'en 1599 (date de leur
premier Synode, à Paris, qui
rédigea et publia leur Confession de foi
et leur Discipline) les Eglises reformées
en France sont à peine plus de cent,
trois années plus tard elles seront
près de deux mille (l'explosion !). Comme
aux premiers siècles de l'ère
chrétienne, les martyrs sont semence
d'une multitude de nouveaux fidèles et
leurs communautés se multiplient. Oui,
c'est pendant ces années dramatiques,
illuminées par les bûchers, que la
Réforme, en France, connut son âge
d'or.5*
2. - En 1562
hélas !en
dépit des conseils et des avertissements
que prodiguaient Calvin, depuis Genève,
et bon nombre de pasteurs, des protestants
français vont constituer un parti, un
parti politique et militaire. C'est à
partir de cette date que le protestantisme de
notre pays va se rétrécir peu
à peu, lui qui n'avait cessé
jusque là de se développer.
Louis de Bourbon, prince
de Condé, qui se veut le protecteur
général des protestants de France,
prend les armes le 8 avril 1 5 6 2, inaugurant
une longue guerre civile qui durera
jusqu'à l'abjuration publique de Henri
IV, le 25 juillet 1593 .
Certes, il y avait eu des
massacres dont le dernier en date, celui de
Vassy, en mars de cette année 1562.
Certes il y avait eu des bûchers et des
décapitations. Et, pour reprendre une
expression d'Agrippa d'Aubigné, «
les réformés avaient tendu les
gorges et n'avaient point eu de mains ».
Mais, par cette prise d'armes, du «
mystique » tombant au « politique
», le protestantisme français prend
un virage fatal et il va s'affaiblir dans la
mesure même où il va tendre
désormais à se confier plus dans
les armes humaines que dans la Parole et
l'Esprit de Dieu. Tandis que des « papistes
» vont regarder vers l'Espagne
catholique-romaine, des « huguenots »
vont regarder vers l'Angleterre protestante !
Les hommes de guerre, chez les uns et chez les
autres, vont prendre le pas sur les vrais
conducteurs spirituels. La décision va
plus être cherchée selon le droit
du plus fort que selon la quête de la
Vérité. Seule une minorité,
dans les deux camps, garde à la foi le
vrai souci de la patrie et de l'Etat ainsi qu'un
esprit - bien plus répandu en ce
siècle de feu et de fer - de
tolérance fraternelle. Les trêves
et les traités, vite violés par
l'un ou par l'autre des partis, permettent seuls
de parler de huit « guerres de religion
». En réalité, il n'y en eut
qu'une seule, de trente ans, marquée
entre autres par la tuerie de la
Saint-Barthélemy (24 août 1572)
dont l'horreur restera inscrite dans les
mémoires et au cours de laquelle
périrent peut-être trente mille
protestants, dont trois mille à Paris
parmi lesquels l'amiral de Coligny, chef du
parti protestant depuis la mort de Condé
en 15 6 8 et fervent réformé. La
guerre ne cessa que par la seconde
abjuration6*du Roi de Navarre devenu, à
la mort de Henri III assassiné par le
moine Jacques Clément en 1 89, Roi de
France sous le nom de Henri IV.
Parce que les protestants
français se méfient du Roi
versatile et par deux fois renégat qui,
lors de son sacre le 27 février 1594, a
dû promettre d'extirper l'«
hérésie » du Royaume, et
parce que Henri IV, bien qu'effrayé et
mécontent d'avoir à subir les
chantages et pressions de leur « appareil
», veut cependant accorder des
libertés, extraordinaires à
l'époque pour toute minorité
religieuse, à ceux qui ont longtemps
combattu avec lui et pour lui, l'Edit de Nantes
de 1598 va être le compromis sur lequel,
bon gré mal gré, tous vont
s'accorder... pour un temps, car les «
politiques » protestants, qui ont
contrôlé près du tiers du
Royaume sont bien décidés,
à partir de ce que l'Edit leur
concédait, à développer
leur Etat dans l'Etat, et le Roi, lui, entend
bien utiliser les restrictions et conditions de
l'Edit pour assurer de plus en plus son
autorité. Pour Henri IV
déjà, davantage ensuite pour Louis
XIII, et totalement pour Louis XIV, il va et ira
de soi que « le Roi est au-dessus de l'Edit
».
Il reste que partout
ailleurs en Europe, et `aussi bien dans les pays
protestants, le principe « cujus regio ejus
religio » (« à chaque pays sa
religion ») garde sa force et interdit
cette liberté de conscience et cette
liberté partielle de culte que l'Edit de
Nantes semble assurer à la France. Il
serait faux d'affirmer que le protestantisme,
là où il l'a emporté, n'a
pas été intolérant. En plus
de la petite Genève de Calvin, il suffit
de penser aux divers Etats luthériens de
Scandinavie ou à l'Angleterre par exemple
!
.
De 1598 à
1656
Dès après la
mort de Henri IV, assassiné par Ravaillac
le 14 mai 1610, la Reine Marie de
Médicis, devenue Régente car Louis
XIII est mineur, s'empressa de confirmer l'Edit
de Nantes. L'Assemblée politique
protestante, qui se tint à Saumur en 1611
et dura quatre mois, fit la preuve que s'il y
avait des « sages » parmi des
protestants - dont le grand Duplessis-Mornay -
qui l'emportèrent, il y avait aussi des
politiciens bien décidés à
consolider l'Etat protestant dans L'Etat
français.7*Par juste crainte de ceux-ci, la
Reine-Régente, en 1612, interdira aux
protestants de tenir de nouvelles
Assemblées politiques. Cette interdiction
ne sera pas observée. Par exemple, quand
en 16 15 est décidé le mariage de
Louis XIII avec l'Infante d'Espagne Anne
d'Autriche, le prince de Condé, qui
bientôt guignera le trône, se
déclare prêt à recourir aux
armes, ce que le duc Henri de Rohan, gendre de
Sully, n'hésite pas à faire.
L'Assemblée protestante, alors à
Nîmes, écrit au Roi, le 21
août, qu'il ne doit pas se rendre à
Bordeaux pour le mariage et, le 1 octobre donne
aux provinces du Midi un ordre d'insurrection.
Malgré tout, sous la protection de
l'armée royale, le mariage sera
célébré à Bordeaux
le 28 novembre. Le 3 mai 1616 sera signé
le traité de Loudun qui ne laisse plus
aux protestants que quelques places de
sûreté, et ce pour six ans.
Quelques années
plus tard, le 25 décembre 1620,
malgré les judicieux avis de plusieurs
pasteurs dont Pierre Du Moulin, une
Assemblée protestante réunie
à La Rochelle ordonna la prise des armes.
Duplessis-Mornay, qui devait mourir en 1623, se
déroba. Mais le duc Henri de Rohan,
capitaine remarquable, son frère le duc
de Soubise et le marquis de La Force prirent les
armes. Cette nouvelle guerre civile qui
s'étendit de la Bretagne au Languedoc,
vit des massacres de part et d'autre, et fut
marquée par le fameux et terrible
siège de La Rochelle (octobre 1627 -
octobre 1628) par Richelieu, au pouvoir depuis
1623, dura en fait - avec des trêves et
des traités vite violés - pendant
neuf ans jusqu'à l'Edit de grâce
d'Alais (28 juin 1629) qui rétablit
l'Edit de Nantes sauf dans les privilèges
politiques et militaires qu'il accordait aux
protestants et qui en faisaient un Etat dans
l'Etat.
De 1629 à 1656,
pendant un peu plus d'un quart de siècle,
le protestantisme français va
connaître un temps relativement paisible.
A Paris notamment un esprit de tolérance
semble régner. « De grands seigneurs
comme les Bouillon, les Rohan, les La
Trémoille, les Clermont-Gallerande, les
Châtillon ne dissimulaient pas leur foi.
Le Roi s'entourait volontiers de conseillers
huguenots... La calviniste Mme des Loges
réunissait chez elle Guez de Balzac,
Malherbe, Racan... Autour de Valentin Conrart se
créa l'Académie française
dont il fut le premier secrétaire
perpétuel (1635). A Caen le protestant
Moysant de Brieux fondait la plus ancienne
Académie de province »8*... « Mazarin accorda sa
faveur aux maréchaux de La Force et de
Châtillon, confia des emplois, voire des
charges importantes, à des huguenots. En
16 50, il nommait intendant des Finances le
banquier protestant Barthélémy
Herwarth dont les bureaux devinrent le refuge
des réformés... A Caen, la
même Académie réunissait
l'évêque d'Avranches Huet, le
poète Chapelain, le pasteur Du Bosc,
l'orientaliste protestant Samuel Bochart. A
Saumur le pasteur Amyraut, recteur de
l'Académie protestante, dînait chez
l'évêque de Chartres. A
Nîmes, le pasteur et orientaliste Samuel
Petit fréquentait divers membres du
clergé. Les catholiques (romains)
estimaient la conscience scrupuleuse de
l'hébraïsant Louis Cappel ou de
l'historien David Blondel ».9*
Pendant la Fronde des
Princes ( 1649- 1653) - Louis XIII était
mort en 1643, Anne d'Autriche est
régente, Louis XIV est enfant, Mazarin
est au pouvoir - les protestants avaient
tellement été fidèles au
Roi que ce dernier, le 2 1 mai 1652, confirma
l'Edit de Nantes après les avoir
remerciés.10*
.
De 1656 à
1685
En 1656, tout va basculer.
Pour des raisons que nous allons dire dans un
instant. Mais aussi - je le crois, je le pense -
en conséquence d'un fléchissement
intérieur du protestantisme
français. Depuis qu'il coule des jours
plus paisibles, celui-ci connaît, en
particulier chez certains de ses « pasteurs
et docteurs », un commencement de
dérive spirituelle qui, en profondeur et
sans que cela se remarque assez, est en train de
l'anémier... et de préparer un
courant de reniement qui emportera, et a
déjà commencé à
emporter, des chefs protestants eux-mêmes.
La Foi réformée confessante qui a
soutenu tant de martyrs, tant de fidèles,
dans la persécution d'abord, au long des
guerres de religion ensuite, est
contestée maintenant par quelques-uns de
ceux-là même qui devraient la
défendre. Le point dogmatique capital de
la souveraineté de Dieu dans
l'exécution de son dessein de grâce
et de salut commence à être
relativisé au grand dam de la confiance
et de la persévérance
chrétiennes.
Aussi,
l'étranglement du protestantisme
français va commencer, petitement
d'abord, puis de plus en plus fort,
jusqu'à cet aboutissement qu'est la
Révocation. En 1656 , l'Assemblée
du clergé, présidée par
l'évêque de Sens, Gondrin, s'en
prend avec violence « aux déserteurs
de la foi de leurs pères »,
c'est-à-dire à ceux de la R.P.R.
Le 18 juillet, Mazarin, mettant fin à la
tolérance qui s'était
instituée, interdit les cultes
réformés qui s'étaient
nouvellement établis en d'autres lieux
que ceux prescrits par l'Edit.
En 1661, dès
après la mort de Mazarin, Louis XIV qui
vient de prendre les rênes de l'Etat, fait
nommer, à la demande de
l'Assemblée du clergé (encore elle
!) des Commissaires, deux par province : un
catholique-romain et un réformé,
pour mener enquête par tout le Royaume sur
la manière dont est appliqué
l'Edit de Nantes. Catastrophe ! Peu à
peu, en effet, les protestants avaient pris
l'habitude de déborder ce que
précisait l'Edit. A chaque fois, le
Commissaire réformé est bien
obligé de reconnaître les faits. En
trois ou quatre ans, plus de cent temples vont
devoir être démolis et des
écoles ( et même une
Académie) protestantes, ouvertes sans
autorisation, fermées. A partir de ce
petit commencement, réussi, le haut
clergé ne va cesser de pousser de plus en
plus le Roi dans la redoutable direction qu'il
vient de prendre. Au reste, le Roi a pour lui le
principe, somme toute courant à
l'époque : « une Foi, une Loi, un
Roi », qui va sous-tendre désormais
la politique irréversible de Louis XIV
à l'égard de ceux de la R.P.R. On
est entré dans un cycle
d'intolérance et de violences
accélérées du pouvoir et de
ses courroies (entre autres les Intendants) : la
ruse va le disputer à la
férocité, le fanatisme de vrais
dévots à la mauvaise foi de faux
dévôts. De plus le pouvoir royal
est soutenu par l'opinion publique. Presque tout
le monde, à l'exception des 5 % du
Royaume que sont les protestants et d'une
minorité, parfois admirable, de
catholiques-romains tolérants, veut voir
définitivement bannie, supprimée,
l'« hérésie ».
A plusieurs reprises le
Roi freine ce que d'autres que lui veulent
accélérer : en 1666, quand il
confirme les droits des protestants quant aux
Chambres mi-parties ; en 16 6 8, quand, sur
intervention de leurs femmes, il fait
relâcher des pasteurs arrêtés
par l'Intendant du Poitou ; en 1669, quand il
défend, contre l'archevêque de
Paris qui voulait le faire condamner pour ses
sermons à Charenton, le pasteur Pierre Du
Bosc (le Roi, après avoir reçu ce
dernier en audience, dit à la Reine :
« Madame, je viens d'entendre l'homme de
mon royaume qui parle le mieux ») ; en 16 7
5, quand, après une émeute
populaire qui avait détruit le temple de
Rennes, il condamna la ville à le
rebâtir à ses frais et exila le
Parlement de Bretagne pour n'avoir pas assez
châtié les assaillants.
Mais c'est à partir
de 1680 - en particulier sous l'influence du
vieux chancelier Le Tellier et de son fils
Louvois - que les choses, déjà
insupportables presque partout en France pour
les protestants, vont empirer^encore. En
août, ils se voient interdire tous les
offices de justice subalternes.
En novembre, les mariages
entre catholiques-romains et protestants sont
interdits. En 1 6 8 1 , les enfants protestants
sont autorisés à abjurer
dès l'âge de raison ! Le même
année, en Poitou l'Intendant Marillac
(qui sera par la suite révoqué par
le Roi) déchaîne les
premières dragonnades. En mars 1683,
interdiction est faite aux protestants d'occuper
des charges dans les maisons royales ou
princières. Peu à peu, ils vont
être exclus de la plupart des offices ou
métiers (avocats, médecins,
imprimeurs, libraires, etc...). Cette même
année 1 6 8 3 , un grand nombre de
temples sont détruits. Colbert, qui
protégeait souvent les protestants, meurt
le 6 septembre, et l'influence de Louvois et de
son père va encore grandir. Les
protestants ayant été, à la
Cour, faussement accusés d'avoir pris les
armes, Noailles va ravager les Cévennes.
Sa dragonnade est telle que, de peur, tout
Nîmes « se convertit » (!) en un
jour. L'année suivante, en 1 6 8 4 , des
dragonnades se poursuivront dans le Languedoc et
le Dauphiné.
Sous la menace ou le poids
de toutes ces violences, les protestants
deviennent en nombre hélas ! de plus en
plus grand des « nouveaux convertis ».
Les « conversions », qui
s'accélèrent, vont se compter par
centaines de mille !
C'est une suite de «
miracles » : le 3 septembre 1 685 ,
Montauban « se convertit » ; cinq
jours après, c'est le tour des
protestants de Bordeaux, Toulouse, Cognac ; le
20 septembre, de ceux de Montpellier, Lunel,
Uzès... ! Aussi, le 18 octobre 1685 , par
l'Acte de Fontainebleau, Louis XIV
révoque l'Edit de Nantes désormais
sans raison d'être. « Puisque (dit le
préambule) la meilleure et la plus grande
partie de nos sujets de la Religion
prétendue réformée ont
embrassé la catholique,
l'exécution de l'Edit de Nantes...
demeure inutile... »
La France se rabaissait,
dans l'enthousiasme à peu près
général, au rang des autres. Des
meilleurs parmi ses fils vont vivre en exil,
enrichissant d'autres patries. Pour les
protestants irréductibles qui restent
s'ouvre le temps des prisons, des galères
et de la mort.
Pour le grand nombre de
nouveaux convertis quels secrets remords...
« O profondeur de la richesse, de la
sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses
jugements sont insondables et ses voies
incompréhensibles ! ».
Ichtus
1985-4 (No 131)
©
Ichtus