LE
CODE D'HAMMOURABI
Le Décalogue fut-il,
réellement, matériellement,
gravé sur des blocs de pierre?
On en a discuté
pendant des siècles. Et puis les plus
sceptiques ont admis qu'il avait pu l'âtre :
non seulement en hiéroglyphes dont
Moïse possédait sans doute la science,
mais en caractères alphabétiques
puisque, au Sinaï même, des inscriptions
du XVe siècle avant notre ère en
présentent des prototypes. Transcrire«
la loi » sur une stèle ou sur une table
de pierre n'est pas exceptionnel dans l'Orient du
deuxième millénaire : ainsi fit-on du
code babylonien de la plus grande époque,
dont les prescriptions évoquent en bien des
points celles de la loi de Moïse.
Voilà une centaine
d'années qu'Abraham a quitté Ur en
Chaldée, lorsque, vers l'an 1700 avant
Jésus-Christ, l'empire de Babylone, des
montagnes d'Anatolie jusqu'au golfe Persique, se
trouve affermi sous un très puissant roi :
Hammourabi.
Mais à peine s'est-il
imposé par les armes que, dans sa sagesse,
il a décidé de cimenter par un code
de lois communes l'amalgame des peuples divers
soumis à son autorité. Le code fut
gravé sur d'énormes blocs de pierre
dure, destinés aux temples, et sur des
tablettes portatives,à l'usage des
écoles de droit.
L'un de ces blocs de diorite
se trouve aujourd'hui au musée du Louvre. Il
porte le seul texte à peu près
complet qui soit aujourd'hui connu du fameux code
d'Hammourabi, dont on a par ailleurs
découvert des fragments : 282 paragraphes,
qui font suite au prologue, nous
révèlent ce que fut alors la
législation babylonienne. Comme celle que
reçut Moïse au Sinaï, elle fut, si
l'on en croit la scène gravée en haut
de la stèle, remise à Hammourabi,
« prince dévot », par son dieu, ou
plutôt par l'un de ses dieux.
Mais là n'est pas
l'unique ressemblance. Les articles du code se
présentent sous la même forme que la
plupart des prescriptions mosaïques :
il s'agit de trancher de cas
d'espèce, suivis chacun d'une solution
juridique.
Qui plus est, les cas
précisés sont bien souvent les
mêmes ici et là. Ainsi en va-t-il de
la fameuse « loi du talion », qu'on
retrouve dans des termes identiques, aux
paragraphes 196 et 200 du code babylonien, et au
chapitre 21, versets 23-24, de l'Exode :
« Oeil pour oeil, dent
pour dent... » On pourrait multiplier les
exemples. Là comme ici, un châtiment
exemplaire est requis contre celui qui commet
l'inceste, qui exerce la magie, qui enlève
un homme, qui se rend coupable d'un vol avec
effraction ; sera soumise à « l'ordalie
», au jugement de Dieu, la femme
soupçonnée d'adultère :
selon le code d'Hammourabi,
elle sera jetée à l'eau ; selon les
Nombres (chap. 5, vers. 11 à 31) elle devra
boire « des eaux d'amertume et de
malédiction ».
La corruption de
témoins encourt la même peine au
paragraphe 5 du code d'Hammourabi et dans le
Deutéronome (chap. 19, vers. 18-19) ; mais
l'Exode (chap. 23, vers. 8) ajoute sagement
à l'adresse de tous ceux qui sont
mêlés à un procès :
« Tu n'accepteras pas de présent, car
le présent rend aveugles les clairvoyants.
»A l'inverse, dans certains cas, c'est la
justice mosaïque qui apparaît la plus
sommaire :
Un taureau donne de la corne
et cause la mort d'un homme? Qu'il soit mieux
gardé et qu'on lui rogne les cornes, dit la
loi babylonienne (article 251) ; la loi du
Sinaï prescrit que l'anima' mais aussi le
propriétaire s'il a accepté le risque
de l'accident, soient tous deux lapidés
(Exode, chap. 21, vers. 29).
UN FOND COMMUN MAIS UN NIVEAU
DIFFERENT C'est la loi du désert : elle doit
être dure. Les Hébreux sont alors des
nomades.
Hammourabi s'adressait aux
classes d'une société plus
policée. On soupçonne ` un fond
commun : la famille d'Abraham ne sort-elle pas de
Mésopotamie, emportant des us et coutumes en
usage dans tout l'Orient du deuxième
millénaire?
Mais Moïse, lui, parle
au nom de Yahvé. Et l'on trouve,
mêlés à ces « cas
d'espèce » qui ne sont pas
forcément tombés en droite ligne du
ciel sur le Sinaï, émergeant du flot
des prescriptions d'ordre pratique, les «
commandements » qui ont toute autre allure :
ce sont les volontés formelles du Dieu
unique, dont toute transgression devient
sacrilège, et dont deux au moins
dépassent la morale naturelle :
« Tu aimeras l'Eternel,
ton Dieu, de toute ton âme, de tout ton
coeur, et de toutes tes forces »
(Deutéronome, chap. 6, vers. 5) et « Tu
aimeras ton prochain comme toi-même »
(Lévitique, chap. 19, vers. 18 et 34). Deux
commandements dont Jésus dira qu'ils
résument « la Loi et les
prophètes ».
En ce
temps-là la Bible No 7 pages
II-III.
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En ce temps-là, la Bible