LA
CONFESSION D'AUGSBOURG
INALTÉRÉE (Confession de
Foi de l'Église Évangélique
Luthérienne)
DEUXIÈME
PARTIE
(1 ère
partie)
ARTICLES QUI SONT
CONTESTÉS ET OÙ L'ON TRAITE DES ABUS
QUI ONT ÉTÉ
CORRIGÉS
Article 22. -
DE LA
COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES
Article 23. - DU MARIAGE DES
PRÊTRES
Article 24. - DE LA MESSE
Article 25. - DE LA
CONFESSION
Article 26. - DE LA DISTINCTION DES
ALIMENTS
Article 27.- DES VEUX
MONASTIQUES
Article 28. - DU POUVOIR DES
ÉVÊQUES
CONCLUSION
Puisque dans nos
églises, en ce qui concerne les articles de
la Foi, on n'enseigne rien qui soit contraire
à l'Ecriture Sainte ou à l'Eglise
chrétienne universelle ; puisqu'on n'a fait
que remédier à certains abus qui se
sont infiltrés dans l'Eglise au cours des
temps, ou qui y furent violemment introduits ; nous
sommes donc nécessairement obligés
d'exposer ces abus et d'alléguer les raisons
qui nous ont déterminés à
permettre ces changements. Ainsi Votre
Majesté Impériale pourra
reconnaître qu'on n'a pas agi en ces
matières d'une manière frivole et
indigne de chrétiens, mais que nous avons
permis ces changements, contraints par le
commandement de Dieu, qu'il convient de respecter
bien plus que toutes les coutumes
traditionnelles.
.
Article 22. - DE LA
COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES
Dans nos églises on
administre aux laïques la Sainte Cène
sous les deux espèces, pour la bonne raison
que tel est clairement l'ordre et le commandement
de Christ, Matth. 26, 27 : « Buvez-en tous
». Là, le Christ, parlant de la coupe,
ordonne en termes clairs et précis que tous
doivent en boire.
Et pour que personne ne
puisse contester ces paroles ni leur donner une
fausse interprétation en prétendant
que ce commandement ne s'applique qu'aux
prêtres, saint Paul (1 Cor. 11, 26) indique
que toute l'assemblée de l'Eglise de
Corinthe communiait sous les deux espèces.
Et cet usage a longtemps persisté dans
l'Eglise, comme on peut le prouver par l'histoire
et par les écrits des Pères. Cyprien
rapporte en plusieurs endroits de ses
écrits, que de son temps la coupe
était administrée aux laïques.
De même, saint Jérôme dit que
les prêtres qui administrent le Sacrement
distribuent au peuple le sang de Christ. Le Pape
Gélase lui-même ordonne qu'on ne doit
pas « diviser » le Sacrement (Distinct. 2
De Consecr., Chap. Comperimits). On ne trouve nulle
part aucun Canon qui prescrive de recevoir le
Sacrement sous une seule espèce. Il est
même impossible de savoir au juste quand, et
par qui cette coutume de la communion sous une
seule espèce a été introduite,
sauf que le cardinal Cusanus fait mention de
l'époque où cet usage a
été officiellement approuvé.
Or il est clair qu'une telle coutume, introduite
à l'encontre du commandement de Dieu et
même des anciens Canons, n'a rien pour la
justifier. Si donc des chrétiens ont
demandé à recevoir le Saint Sacrement
d'une façon conforme à l'institution
de Jésus-Christ, il n'était pas
convenable d'accabler leur conscience et de les
contraindre à agir contrairement à
l'ordonnance du Seigneur Jésus-Christ. Et
comme la mutilation du Sacrement est en flagrante
contradiction avec l'institution de Christ, nous
avons aussi supprimé la coutume, qui
était en usage jusqu'ici, de porter le
Sacrement en procession.
.
Article 23. - DU
MARIAGE DES PRÊTRES
Partout dans le monde, chez
les grands comme chez les humbles, une immense
plainte s'est élevée depuis
longtemps, à cause de la grande
immoralité et du dérèglement
des moeurs parmi les prêtres, incapables de
se contenir dans les bornes de la chasteté.
Et vraiment, on avait atteint le dernier
degré de ces vices abominables. Pour
éviter tant de scandales odieux,
l'adultère et la fornication, quelques-uns
de nos prêtres sont entrés dans
l'état du mariage. Ils allèguent pour
raison de leur décision, qu'ils y ont
été poussés et contraints par
la grande détresse de leur conscience, parce
que l'Ecriture Sainte enseigne clairement, que
l'état du mariage a été
institué par Dieu pour éviter
l'impudicité. Comme le dit saint Paul 1 Cor.
7 : « Pour éviter l'impudicité,
que chacun ait sa propre femme ». De
même : « II vaut mieux se marier que de
brûler ». Et lorsque Jésus-Christ
dit, Matth. 19, 11 : « Tous ne sont pas
capables d'accepter cette parole », il indique
par là, lui qui savait bien ce qui est dans
l'homme, que peu d'hommes possèdent le don
de la continence; car Dieu, en créant les
hommes, « les a créés homme et
femme » (Gen. 1). Or l'expérience
démontre trop clairement qu'il n'est pas au
pouvoir de l'homme de modifier ou
d'améliorer de sa propre initiative, ou par
un voeu, la création de la majesté
divine, à moins qu'il n'ait reçu un
don et une grâce spéciale de Dieu. Car
tout le monde sait quel genre de vie chaste et
honnête, quel genre de conduite
chrétienne et honorable s'en est suivi chez
beaucoup ! On sait quels remords effroyables et
quels tourments de conscience ont accablé
beaucoup d'entre eux à l'heure de leur
trépas, - et beaucoup l'ont avoué
eux-mêmes. Puisque donc ni la Parole ni le
commandement de Dieu ne peuvent être
modifiés par aucun voeu ni par aucune loi
humaine : c'est donc pour cette raison, et beaucoup
d'autres encore, que nos prêtres et autres
membres du clergé ont pris femme.
On peut d'ailleurs prouver
par l'histoire et par les écrits des
Pères, qu'il était autrefois d'usage
dans l'Eglise chrétienne que les
prêtres et les diacres se mariaient. Car
saint Paul dit, ITim. 3 : « II faut que
l'évêque soit irréprochable,
mari d'une seule femme ». Ce n'est d'ailleurs
que depuis 400 ans seulement qu'en Allemagne les
prêtres furent contraints au célibat
et forcés de renoncer au mariage. A quoi ils
s'opposèrent tous si sérieusement et
avec une telle véhémence qu'un
archevêque de Mayence, qui avait
publié ce nouvel édit du Pape, fut
sur le point d'être mis à mort dans la
bagarre, au cours d'un soulèvement du
clergé tout entier. Cette interdiction du
mariage des prêtres fut appliquée
dès le début avec une telle
précipitation et avec tant de maladresse,
que le Pape ne se contenta pas, en ce temps, de
prohiber pour l'avenir le mariage des
prêtres, mais qu'il rompit même le
mariage de ceux qui y avaient vécu depuis
longtemps. Cette dernière mesure n'est pas
seulement une violation de toutes les lois divines,
naturelles et civiles, mais elle est même en
flagrante contradiction avec les Canons
décrétés par les Papes
eux-mêmes, et avec les décisions des
plus illustres Conciles.
Un grand nombre d'hommes
éminents, pieux et sensés, ont
souvent fait entendre des propos et des opinions
à cet effet : qu'un pareil célibat
forcé et une telle interdiction du mariage -
état que Dieu a institué
lui-même et qu'il a laissé ouvert
à tous - n'ont jamais produit rien de bon,
mais ont introduit une multitude de vices
abominables et de désordres scandaleux.
Même un Pape, Pie II, a souvent
déclaré, oralement et par
écrit, - ainsi qu'en fait foi sa biographie,
- qu'il y avait bien certaines raisons pour que
l'on ait interdit le mariage aux prêtres,
mais qu'il y en avait d'autres bien plus graves et
plus importantes pour leur rendre la liberté
de se marier. Sans doute le Pape Pie II, homme sage
et pondéré, n'a pas dit cette parole
à la légère.
Nous espérons donc,
comme sujets soumis à Votre Majesté
Impériale, que Votre Majesté, en
Empereur chrétien et très louable,
daignera considérer sérieusement que
nous vivons dans les derniers temps ou, selon
l'Ecriture, le monde se corrompt de plus en plus,
et où les hommes deviennent de plus en plus
faibles et fragiles.
C'est pourquoi il est urgent,
utile et digne d'un chrétien, d'examiner
diligemment cet état de choses, de peur que,
le mariage étant interdit, une
impudicité plus honteuse et des vices plus
abjects n'envahissent le pays allemand. Car
lorsqu'il s'agit de créer ou de changer ces
institutions, personne ne pourra le faire de
meilleure manière et avec plus de sagesse
que Dieu lui-même, qui a établi
l'état du mariage pour venir en aide
à l'infirmité humaine et pour mettre
obstacle à l'immoralité.
Les Canons anciens disent
aussi qu'il faut parfois adoucir et modérer
la rigueur des lois, par égard à la
faiblesse humaine, et afin d'éviter de plus
grands maux. Dans le cas qui nous occupe, cette
indulgence serait certainement exiger par la
charité chrétienne, et absolument
nécessaire. En quoi, d'ailleurs, le mariage
des prêtres et des clercs peut-il être
désavantageux à l'Eglise
chrétienne universelle, et en particulier le
mariage des pasteurs de paroisse et des autres
ministres de l'Eglise ? "Mais si cette prohibition
rigide devait durer, on viendrait certainement dans
l'avenir à manquer de prêtres et de
pasteurs.
II est donc établi que
le droit au mariage pour les prêtres et les
ecclésiastiques en général est
fondé sur la Parole et sur le commandement
de Dieu. De plus, l'histoire prouve qu'autrefois
les prêtres étaient mariés. Et
enfin, le voeu du célibat a causé
tant de scandales impies et odieux, tant
d'adultères, tant d'impudicités
inouïes et de vices abominables, que
même plusieurs chanoines et des officiers de
la cour de Rome l'ont souvent avoué et ont
exprimé la crainte que, le clergé
étant plongé dans tant de vices
épouvantables, la colère de Dieu ne
fût suscitée. Dans ces conditions il
est bien lamentable de voir que l'on ne s'est pas
contenté d'interdire le mariage
chrétien, mais que dans certains endroits on
a eu le front de le poursuivre avec empressement
comme un crime. Et pourtant Dieu a ordonné
dans les Saintes Ecritures qu'on tienne le mariage
en honneur. De même, dans les lois
impériales, et dans tous les États
où la loi et le droit ont jamais
été en vigueur, l'état du
mariage est hautement honoré. Ce n'est que
maintenant que l'on se met à livrer au
bourreau des innocents, uniquement parce qu'ils se
sont mariés ; et c'est ainsi qu'on agit
à l'égard de prêtres, que l'on
devrait pourtant ménager avant tout !
Voilà des choses contraires non seulement
aux lois divines, mais aussi aux Canons de
l'Eglise. L'apôtre Paul (1 Tim. 4) traite de
« doctrine des démons » celle qui
défend de se marier. Jésus-Christ
lui-même déclare, Jean 8, 44 : «
Le diable est meurtrier dès le commencement
». Cela se vérifie dans le cas
présent ; en effet, la doctrine qui interdit
le mariage et qui, pour se maintenir, ne recule pas
devant l'effusion du sang, doit être une
doctrine du diable. Mais comme il n'y a aucune loi
humaine qui puisse annuler ou modifier la loi de
Dieu, il n'y a point non plus de voeu qui puisse
modifier la loi divine. C'est pourquoi saint
Cyprien conseille aux femmes qui ne tiennent pas
leur voeu de chasteté, de se marier, disant
: « Si elles ne veulent pas, ou ne peuvent pas
vivre dans le célibat, il vaut mieux
qu'elles se marient, plutôt que de tomber
dans le feu par leur concupiscence, et qu'elles se
gardent bien de ne pas scandaliser leurs
frères et leurs surs » (Livre I,
Epître 11).
Par surcroît, tous les
Canons se montrent indulgents et équitables
surtout pour ceux qui ont fait des voeux
étant jeunes. D'ailleurs, la plupart des
prêtres et des moines ont embrasse leur
état dans l'ignorance de la jeunesse.
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Article 24. - DE LA
MESSE
C'est à tort qu'on
nous reproche d'avoir aboli la Messe, alors qu'il
est avéré que chez nous, sans nous
vanter, la Messe est célébrée
d'une manière plus sérieuse et avec
plus de vénération que chez nos
adversaires. Nous avons aussi grand soin
d'instruire souvent nos fidèles sur le saint
Sacrement, afin qu'ils sachent dans quel but il a
été institué, et comment on
doit s'en servir : à savoir, pour
réconforter les consciences
troublées. C'est ainsi qu'on attire le
peuple à la Messe et à la Communion.
En même temps nous l'avertissons contre
d'autres fausses doctrines concernant le Sacrement.
D'ailleurs, nous n'avons guère
apporté de modifications aux
cérémonies publiques de la Messe,
sauf qu'en quelques endroits on chante des
cantiques allemands à côté des
chants latins, pour instruire et exercer le peuple,
puisque toutes les cérémonies doivent
servir principalement à l'instruction du
peuple dans ce qu'il lui est nécessaire de
connaître concernant le Christ.
Personne n'ignore que la
Messe, déjà avant ces temps, a
été l'objet de nombreux abus de
toutes sortes. On a fait de la Messe une
véritable kermesse ; on l'a achetée
et vendue ; partout dans les églises, la
plupart des messes ont été
célébrées pour de l'argent.
Aussi cet abus a été maintes fois,
déjà avant nous, condamné par
des hommes réputés pour leur science
et pour leur piété. Depuis que les
prédicateurs chez nous ont
prêché à ce sujet et qu'on a
attiré l'attention des prêtres sur la
terrible menace, i Cor. n, 29 : que quiconque se
sert du Sacrement indignement, sera « coupable
du corps et du sang de Christ », - menace qui
devrait émouvoir tout chrétien, - ces
messes vénales et privées, qu'on
était obligé jusque là de
célébrer pour jouir de certaines
prébendes ou pour s'assurer un revenu, ont
cessé dans nos églises.
Nous avons aussi
dénoncé l'erreur abominable selon
laquelle notre Seigneur Jésus-Christ, par sa
mort, n'aurait expié que le
péché originel, et qu'il aurait,
institué la Messe pour qu'elle soit un
sacrifice pour les autres péchés.
C'est ainsi qu'il aurait fait de la Messe un
sacrifice pour les vivants et pour les
morts,destiné à ôter leurs
péchés et à réconcilier
Dieu. Il, s'en est suivi qu'on a discuté la
question si une messe célébrée
pour beaucoup à la fois avait autant de
« valeur » qu'une messe
particulière célébrée
pour chacun individuellement. De là vint
l'immense multiplication des messes, par lesquelles
on prétendait obtenir de Dieu tout ce dont
on avait besoin. Il va sans dire qu'ainsi la foi en
Christ et le véritable service divin sont
tombés dans l'oubli.
Tout cela nous a mis dans la
nécessité de donner instruction
à ce sujet, pour que l'on sache comment on
doit se servir correctement du saint Sacrement.
Voici ce que nous enseignons :
Premièrement, les
Saintes Ecritures déclarent en de nombreux
endroits qu'il n'y a aucun sacrifice ni pour le
péché originel, ni pour les autres
péchés, sinon uniquement la mort de
Christ. Car il est écrit dans l'Epître
aux Hébreux, que Christ s'est offert une
seule fois et qu'ainsi il a aboli le
péché, et nous a sanctifiés
une fois pour toutes (Hébr. 9, 26-28 ; 10,
10). C'est une innovation inouïe d'enseigner
dans l'Eglise que la mort de Christ a satisfait
seulement pour le péché originel et
non pas aussi pour les autres péchés.
Il est à espérer que tout le monde
comprendra que nous avons raison de condamner cette
erreur. En deuxième lieu, saint Paul
enseigne que nous obtenons grâce devant Dieu
par la foi, et non par les oeuvres. Rien n'est plus
manifestement contraire à cette doctrine que
l'abus que l'on fait de la Messe en s'imaginant que
par cette opération rituelle on acquiert la
grâce. Or on sait qu'on s'est servi de la
messe comme d'un moyen pour se débarrasser
de péchés, et pour obtenir la
grâce et toutes sortes de biens auprès
de Dieu ; et cela non seulement en faveur du
prêtre officiant, mais encore en faveur de
tout le monde, des morts comme des vivants.
En troisième lieu, le
saint Sacrement n'a pas été
institué pour que l'on en fasse un sacrifice
expiatoire - car ce sacrifice a déjà
été consommé sur la croix -
mais pour qu'il serve à réveiller en
nous la foi, et à réconforter les
consciences ; en effet, le Sacrement nous rappelle
que la grâce et la rémission des
péchés nous sont assurées par
Jésus-Christ. Par conséquent, ce
Sacrement exige la foi, et sans la foi, on s'en
sert en vain.
Puisque donc la Messe n'est
pas un sacrifice offert pour d'autres, qu'ils
soient vivants ou morts, afin d'effacer leurs
péchés, mais qu'elle est
destinée à être une Communion
dans laquelle prêtre et fidèles
reçoivent le Sacrement, chacun pour
soi-même : nous observons chez nous l'usage
suivant : On célèbre la Messe aux
jours fériés, et s'il y a lieu en
d'autres jours, lorsque des communiants se
présentent, et on donne le Sacrement
à ceux qui le désirent. Nous avons
donc conservé l'usage correct de la Messe,
telle qu'elle fut célébrée
autrefois dans l'Eglise, comme on peut le prouver
par saint Paul, 1 Cor. 11, 33, et par les
écrits de bon nombre de Pères.
Chrysostome, par exemple, dit que chaque jour le
prêtre se tenait à l'autel pour
inviter les uns à communier, tandis qu'il
défendait à d'autres de s'approcher.
De même, les anciens Canons nous apprennent
que, tandis que l'un des prêtres
célébrait la messe, les autres
prêtres et les diacres recevaient de ses
mains la Communion. Car voici les termes du Canon
de Nicée : « Les diacres devront
recevoir le Sacrement, selon leur rang,
après les presbytres, soit de la main de
l'évêque, soit de celle d'un presbytre
».
Nous n'avons donc introduit
aucun usage nouveau, qui n'existait
déjà dans l'ancienne Eglise ; de
même, nous n'avons apporté aucune
modification considérable aux
cérémonies publiques, sauf que nous
avons supprimé les messes parasites et
abusives qu'on célébrait en marge de
la Messe paroissiale. Il n'y a donc pas lieu de
condamner notre manière de
célébrer la Messe, comme
hérétique et antichrétienne.
Car jadis on ne célébrait pas la
Messe tous les jours, même pas dans les
grandes églises très populeuses, ni
même aux jours où tout le peuple avait
coutume de s'assembler. L'Histoire Tripartite
(Livre 9) raconte qu'à Alexandrie on
s'assemblait le mercredi et le vendredi, pour lire
et expliquer l'Ecriture, et on
célébrait un service divin complet,
mais sans la Messe.
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Article 25. - DE LA
CONFESSION
Pour ce qui est de la
Confession, elle n'a pas été abolie
par nos prédicateurs. Nous observons chez
nous la coutume de ne donner le Sacrement
qu'à ceux qui ont été
préalablement examinés et absous. On
a soin de faire observer au peuple combien les
paroles de l'Absolution sont consolantes, et
combien l'Absolution est une grâce
inestimable et précieuse : qu'elle n'est pas
la voix ou la parole du ministre officiant, mais la
Parole de Dieu qui pardonne les
péchés. Car l'Absolution est
prononcée au nom de "Dieu et par son
commandement. C'est avec beaucoup de zèle
que nous donnons instruction concernant ce
commandement et ce Pouvoir des Clefs, et nous
montrons combien ce pouvoir est réconfortant
et nécessaire aux consciences
angoissées. Nous leur disons que Dieu nous
ordonne de croire à cette Absolution, tout
comme si c'était la voix de Dieu
lui-même, venue du ciel ; et que nous devons
nous en réjouir et consoler, en sachant que
par cette foi nous obtenons la rémission des
péchés. Autrefois, les
prédicateurs parlaient beaucoup de la
Confession, mais ils ne disaient pas un
traître mot de ces choses si
nécessaires. Au contraire, ils ne faisaient
que tourmenter les consciences en exigeant une
interminable énumération des
péchés et en les accablant de
satisfactions, d'indulgences, de pèlerinages
et d'autres exercices de ce genre. Beaucoup de nos
adversaires avouent eux-mêmes que chez nous
on a parlé et écrit avec plus de
compétence au sujet de la vraie repentance
chrétienne que cela n'a été
fait depuis fort longtemps.
Voici notre enseignement sur
la Confession : On ne doit contraindre personne
à énumérer ses
péchés en détail vu que cela
est impossible, comme le dit le Psaume 19, 13 :
« Qui est-ce qui connaît son
iniquité? ». Et Jérémie
17, 9 : « le coeur de l'homme est tortueux
par-dessus tout et méchant ; qui peut le
connaître ? ». La malheureuse nature
humaine est plongée si profondément
dans les péchés, qu'elle ne saurait
les voir ou les connaître tous. Si nous ne
devions être absous que de ceux que nous
pouvons énumérer, le gain serait
infime. Il n'est donc pas nécessaire de
presser les pénitents pour qu'ils nomment
chaque péché par son nom. Les
Pères n'ont pas pensé autrement :
Chrysostome s'exprime ainsi (Distinct. 1 De
Poenitentia) : « Je ne dis pas que tu doives
révéler tes secrets publiquement, ou
t'accuser et plaider coupable devant telle personne
; mais suis l'exhortation du prophète qui
dit : Révèle à l'Eternel ton
chemin, Psaume 37, 5. C'est pourquoi porte ta
confession, jointe à ta prière,
devant Dieu le Seigneur, qui est le vrai juge ; ce
n'est pas par la bouche, mais dans ta conscience,
que tu dois déclarer tes
péchés ». On voit clairement que
Chrysostome ne contraint personne à
déclarer ses péchés
nommément. La Glose des Décrets
concernant la Repentance, Distinct. V, chat.
Considèret, confirme cet enseignement : que
la Confession n'a pas été
commandée par l'Ecriture, mais
instituée par l'Eglise. Néanmoins nos
prédicateurs ne manquent pas d'enseigner
avec soin que la Confession doit être
maintenue, pour la consolation des consciences
affligées, à cause de l'Absolution
qui en constitue l'élément essentiel
et principal, et pour d'autres raisons
encore.
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Article 26. - DE LA
DISTINCTION DES ALIMENTS
Autrefois on enseignait,
aussi bien en chaire que dans les livres, que la
distinction des aliments et les autres traditions
de ce genre, d'origine humaine, sont utiles pour
mériter la grâce et pour offrir des
satisfactions pour le péché. Pour
cette raison on inventait chaque jour de nouveaux
jeûnes, de nouveaux exercices de
piété, de nouveaux ordres
monastiques, etc, ; on insistait sur ces choses
avec beaucoup de véhémence, comme si
ces pratiques étaient des cultes
obligés, par l'observance desquels on
pouvait mériter la grâce, et comme si
on commettait un gros péché en les
négligeant. De là sont nées
beaucoup d'erreurs pernicieuses dans
l'Eglise.
Premièrement, par ces
pratiques on a obscurci la grâce du Christ et
la doctrine de la foi. Or c'est sur ces
vérités que l'Evangile insiste avec
le plus de force ; il nous engage
sérieusement à reconnaître la
haute valeur du mérite de
Jésus-Christ, et à mettre la foi en
Christ bien au-dessus de toutes les oeuvres.
Voilà pourquoi l'apôtre saint Paul
s'est élevé avec
véhémence contre la loi mosaïque
et contre les traditions humaines, afin que nous
apprenions bien que nous ne sommes pas
justifiés devant Dieu par le moyen de nos
oeuvres, mais uniquement par la foi en Christ :
lorsque nous croyons que nous obtenons la
grâce à cause de Lui seul. Cette
doctrine a été presque totalement
étouffée par suite de cet
enseignement qui voulait qu'on mérite la
grâce au moyen d'ordonnances, de
jeûnes, de distinctions des aliments, de
vêtements, etc.
En deuxième lieu, ces
traditions ont aussi obscurci les commandements de
Dieu, puisqu'on les élevait bien au-dessus
des commandements de Dieu. On croyait que la vie
chrétienne consiste entièrement
à observer certaines fêtes, à
réciter certaines prières, à
pratiquer certains jeûnes, à endosser
un vêtement particulier. On appelait cela une
vie chrétienne, spirituelle. En
échange, on considérait d'autres
oeuvres, tout à fait nécessaires et
bonnes, comme une activité mondaine,
dépourvue de spiritualité : à
savoir, les devoirs que chacun est redevable
d'accomplir, selon sa vocation, tels que ceux du
père de famille qui travaille pour nourrir
sa femme et ses enfants, et qui les
élève dans la crainte de Dieu ; ou
les oeuvres de la mère de famille qui met au
monde ses enfants et qui les entoure de ses soins :
ou celles d'un prince ou de magistrats qui
gouvernent le pays et les sujets, etc. Il a fallu
que toutes ces oeuvres pourtant commandées
par Dieu passent pour être des choses
mondaines et imparfaites, mais que par contre les
traditions aient le renom superbe d'être
seules des oeuvres saintes et parfaites.
D'où il vient qu'on inventait sans fin ni
mesure des traditions nouvelles.
En troisième lieu, ces
traditions ont fini par peser lourdement sur les
consciences. Car il n'était pas possible de
les observer toutes ; et pourtant les gens
étaient dans l'opinion que ces observances
étaient nécessaires pour servir Dieu.
Gerson écrit, qu'à cause de cela
beaucoup sont tombés dans le
désespoir. Plusieurs même se sont
suicidés pour n'avoir pas été
consolés par la prédication de la
grâce de Jésus-Christ. On voit chez
les « Sommistes » (auteurs de recueils
sommaires des traditions) et autres
théologiens, dans quel embarras se
trouvaient les consciences. Ces théologiens
ont entrepris de codifier les traditions et ont
cherché des adoucissements pour soulager les
consciences. Avec cela ils ont eu tant à
faire, qu'entre temps toute la doctrine
chrétienne vraiment salutaire au sujet de
choses bien plus nécessaires telles que la
foi, la consolation dans les tentations
sévères, etc., était
tombée dans l'oubli. Déjà
avant nous, bon nombre de gens pieux se sont
plaints de ce que ces traditions engendrent force
querelles dans l'Eglise, et que des âmes
pieuses sont empêchées par là
de parvenir à la vraie connaissance de
Christ. Gerson et d'autres ont élevé
de vives plaintes à ce sujet ; il
déplut déjà à saint
Augustin qu'on chargeât les consciences du
joug de tant de traditions. Aussi ne manque-t-il
pas d'avertir qu'on ne doit pas les tenir pour
obligatoires.
Ce n'est donc nullement par
arrogance ou par mépris du pouvoir spirituel
que nous avons traité ces matières ;
mais une nécessité impérieuse
nous a contraints de dénoncer les erreurs
mentionnées ci-dessus, qui sont nées
d'une fausse conception des traditions. Car
l'Evangile nous presse de prêcher avec
insistance dans les églises la doctrine de
la foi. Or on ne saurait avoir l'intelligence de
cette doctrine tant qu'on s'imagine qu'on peut
mériter la grâce par des oeuvres de
son propre choix.
Ainsi donc nous avons
enseigné que l'observation des traditions
humaines ne peut ni mériter la grâce,
ni réconcilier Dieu avec nous, ni expier nos
péchés ; et que par conséquent
on ne doit pas en faire un culte obligé.
Nous justifions cette attitude par l'Ecriture
Sainte. Jésus-Christ, Matth. 15, 3. 9,
excuse les apôtres qui n'ont pas
observé les traditions usuelles ; puis il
ajoute : « C'est en vain qu'ils m'honorent par
des commandements d'hommes ». S'il dit que ce
genre de culte est vain, il en résulte qu'il
n'est pas obligatoire. Puis il ajoute encore :
« Ce qui entre dans la bouche ne souille pas
l'homme ». De même, l'apôtre saint
Paul s'exprime ainsi, Rom. 14, 17 : « Le
Royaume des cieux ne consiste pas dans le manger et
le boire ». Col. 2, 16 : « Personne ne
doit vous juger à propos du manger et du
boire, ou à l'égard d'une fête,
ou d'une nouvelle lune ou d'un sabbat ». Saint
Pierre dit, Actes 15, 10 : « Pourquoi
tentez-vous Dieu. en imposant aux disciples un joug
que ni nos pères ni nous n'avons pu
supporter? Mais nous croyons que par la grâce
de notre Seigneur Jésus-Christ nous serons
sauvés ». Voilà donc Pierre qui
défend qu'on impose aux consciences
l'obligation d'observer de nombreuses
cérémonies extérieures,
qu'elles soient prescrites par Moïse ou par
d'autres. Dans la première Epître
à Timothée 4, 1-3, ces sortes
d'ordonnances, comme d'interdire certains aliments
ou de prohiber le mariage, etc., sont
nommées « doctrines des démons
». Car en effet, c'est s'opposer directement
à l'Evangile que de prescrire ou de faire
ces sortes d'oeuvres dans le but de mériter
la rémission des péchés, ou
comme si l'on ne pouvait pas être un
chrétien sans pratiquer de pareils
cultes.
Quant aux reproches que l'on
fait aux nôtres en prétendant qu'ils
interdisent - à l'instar de Jovinien - la
mortification de la chair et la discipline du corps
: on trouvera, en examinant leurs écrits,
qu'il en est tout autrement. Car ils ont toujours
enseigné la doctrine de la croix
chrétienne, à savoir que les
chrétiens sont obligés de souffrir.
Voilà une mortification véritable et
sérieuse et non simulée. En outre,
nous enseignons que chacun doit discipliner son
corps, par le jeûne ou par d'autres
exercices, pour ne pas donner lieu au
péché, mais non pas pour
mériter la grâce par ces oeuvres.
Cette discipline corporelle doit s'exercer
constamment, et non pas seulement en certains Jours
déterminés. C'est là ce que
dit Jésus, Luc 21, 34 « Prenez garde
que vos coeurs ne soient appesantis par les
excès ». Et, Matth. 17, 21 : « Ces
démons ne peuvent être chassés
que par le jeûne et la prière ».
Saint Paul dit, 1 Cor. 9, 27, qu'il traite durement
son corps et le tient assujetti. Il indique ainsi
que la mortification du corps doit servir, non pas
à mériter la grâce, mais
à maintenir le corps dans une disposition
qui ne fasse point obstacle à ce qui est
exigé de chacun par le devoir de sa
vocation. Donc nous ne rejetons nullement le
jeûne ; ce que nous condamnons, c'est que, au
plus grand embarras des consciences, on en a fait
un culte obligatoire en prescrivant certains jours
et en proscrivant certains aliments.
Au reste, on observe chez
nous beaucoup de rites et de traditions qui servent
au maintien de l'ordre dans l'Eglise, par exemple
l'ordre de la Messe, les chants, les fêtes,
etc. Mais nous avertissons le peuple que ce culte
extérieur ne confère pas la justice
devant Dieu, et qu'on doit le pratiquer sans en
faire une charge pour la conscience ; cela veut
dire que si on omet ces pratiques sans causer du
scandale, on ne commet pas de péché.
Les Pères anciens, eux aussi, ont
observé cette liberté dans les
cérémonies extérieures. En
Orient, on ne célébrait pas la
fête de Pâques en même temps
qu'à Rome ; et comme quelques-uns
prétendaient que cette divergence
constituait un schisme dans l'Eglise, les autres
leur ont fait comprendre qu'il n'est nullement
nécessaire qu'il y ait conformité
dans ces sortes de coutumes. Irénée
s'exprime ainsi : « La diversité des
jeûnes ne rompt pas l'unité de la foi
». De même le Pape Grégoire
déclare, Distinct. XII, qu'une telle
divergence dans les observances humaines n'est pas
incompatible avec l'unité de l'Eglise
chrétienne. L'histoire Tripartite, Livre 9,
rassemble un grand nombre de coutumes divergentes
de l'Eglise, et elle fait cette remarque opportune
et conforme à l'esprit chrétien : "
L'intention des apôtres n'a pas
été d'instituer des jours de
fête, mais d'enseigner la foi et la
charité ".
.
DES VEUX MONASTIQUES
- Article 27.
En parlant des voeux
monastiques, il convient tout d'abord de
considérer comment ils ont été
pratiqués, ce qui se passait dans les
couvents, et comment on y a fait tous les jours
beaucoup de choses non seulement contraires
à la Parole de Dieu, mais aussi en
opposition avec le Droit des Papes. Du temps de
saint Augustin l'état monastique
était libre. Plus tard, la bonne discipline
et la saine doctrine s'étant corrompues, on
inventa les voeux monastiques, voulant ainsi
rétablir la discipline par l'intervention de
cette espèce de prison. En plus on a
imaginé, à côté des
voeux monastiques, beaucoup d'autres règles,
qui formèrent autant de chaînes et de
fardeaux dont on accabla bien des gens, même
avant l'âge convenable.
Bon nombre de personnes aussi
se sont engagées dans la vie monastique par
ignorance, qui, bien que n'étant pas trop
jeunes, s'étaient fait illusion sur leur
force. Eux tous, ainsi pris au piège et
enchaînés par les voeux, ont
été forcés et contraints de
rester dans ces liens, malgré que le Droit
papal lui-même accorde la liberté
à beaucoup d'entre eux. Cet état des
choses était plus pénible encore dans
les couvents de femmes que dans les couvents pour
hommes, alors qu'il convenait de traiter avec
ménagement le sexe faible.
Déjà dans le passé, cette
rigide sévérité a déplu
à beaucoup de personnes pieuses, qui
voyaient bien que si l'on enfermait des
garçons et des filles dans les couvents,
c'était pour leur assurer la subsistance
matérielle. On voyait aussi le mauvais
succès de ces mesures, quels scandales,
quelles tortures de conscience en
résultaient ; et beaucoup ont
déploré que dans une affaire si
délicate on n'ait eu aucun égard aux
Canons de l'Eglise.
Il s'y ajoute, qu'on s'est
fait au sujet des voeux monastiques une opinion
exagérée, connue de tous, et qui
déplut aussi à beaucoup de moines qui
avaient un peu de bon sens. Car on
prétendait que les voeux monastiques sont
équivalents au Baptême, et que par la
vie monastique on mérite la rémission
des péchés et la justification devant
Dieu. Ils allèrent même jusqu'à
affirmer que non seulement par la vie monastique on
acquiert la justice et la piété, mais
qu'en même temps on accomplit « les
commandements et les conseils contenus dans
l'Evangile » ; et ainsi les voeux monastiques
furent élevés au-dessus du
Baptême. Ils ajoutent aussi que par la vie
monastique on acquiert plus de mérites que
par n'importe quel autre état établi
par Dieu tel que celui d'un curé, d'un
prédicateur, d'un magistrat, d'un prince,
d'un seigneur, etc. qui, en accomplissant les
devoirs de leur vocation, vivent tous selon le
commandement et la Parole de Dieu et non dans une
spiritualité factice. Tout cela ne peut pas
être nié, puisqu'on le trouve dans
leurs propres livres. Par surcroît, celui qui
était ainsi pris et enfermé dans le
couvent apprenait peu de chose au sujet de
Christ.
Autrefois, on tenait dans les
couvents des écoles dans lesquelles on
enseignait les Saintes Ecritures et d'autres
sciences utiles à l'Eglise chrétienne
; si bien, que c'était aux couvents qu'on
prenait les pasteurs et les évêques.
Mais aujourd'hui, tout cela a changé. Jadis
on vivait ensemble au couvent pour apprendre les
Saintes Ecritures. Maintenant on prétend que
la vie monastique est un moyen par lequel on
mérite la grâce et la justice devant
Dieu ; oui, on dit même qu'elle est un
état de perfection, et on la déclare
bien supérieure aux autres états qui,
eux, sont institués de Dieu. Tout ce que
nous rapportons ici n'a rien d'une diffamation ;
nous le disons pour que l'on comprenne d'autant
mieux ce que nous prêchons et enseignons sur
ce sujet.
Premièrement - quant
à ceux qui contractent mariage - nous
enseignons que tous ceux qui ne sont pas faits pour
le célibat ont la liberté et le droit
de se marier. Car les voeux ne sauraient abolir
l'institution et le commandement de Dieu. Or le
commandement divin dit expressément, i Cor.
7, 2 : « Pour éviter
l'impudicité, que chacun ait sa femme, et
que chaque femme ait son mari».
Ce n'est pas seulement le
commandement de Dieu, mais aussi l'ordre de la
nature, établi lors de la Création,
qui contraint, oblige, et pousse au mariage tous
ceux qui n'ont pas reçu de Dieu le don
particulier de la virginité, - selon la
parole même de Dieu, Genèse 2, 18 :
« II n'est pas bon que l'homme soit seul ; je
lui ferai une aide semblable à lui ».
Que peut-on objecter à cela ? On vantera, on
exaltera en termes aussi pompeux qu'on voudra les
voeux et les devoirs monastiques ; mais on
n'obtiendra jamais que les voeux suppriment le
commandement de Dieu. Si déjà, de
l'avis des docteurs, les voeux ne sont pas
obligatoires lorsqu'ils se font à l'encontre
du Droit du Pape, à plus forte raison ne
sauraient-ils être obligatoires et
prévaloir contre le commandement de
Dieu.
S'il y avait des raisons
d'ordre divin pour ne pas annuler les voeux, les
papes n'auraient jamais pu accorder des dispenses,
à l'encontre d'un commandement de Dieu. Car
il n'est permis à aucun homme d'annuler un
engagement qui dérive d'un droit divin.
Aussi les papes ont-ils fort bien compris qu'en ce
qui concerne l'obligation des voeux, il convient de
s'inspirer d'une certaine équité. Et
en effet, ils ont souvent accordé des
dispenses, par exemple au roi d'Aragon, et à
bien d'autres. Si donc on en a accordé pour
des raisons d'intérêt temporel,
à plus forte raison convient-il de le faire
dans l'intérêt des âmes en
détresse.
Ensuite, pourquoi nos
adversaires insistent-ils tant sur la
nécessité de tenir les voeux, sans
s'assurer au préalable si le voeu est
légitime ? Car un voeu n'est valable que
s'il y a possibilité de l'accomplir. De
plus, il doit être libre, et non contraint.
Or on sait combien peu il est au pouvoir de l'homme
de vivre dans une chasteté
perpétuelle. De même, il y a peu
d'hommes et de femmes qui aient fait leur voeu
monastique de leur propre initiative, de plein
gré et après mûre
réflexion. On persuade les jeunes gens
à prendre les engagements monastiques avant
même qu'ils aient atteint l'âge de
discrétion. Quelquefois on les presse, on
les contraint. Il est donc injuste d'insister avec
tant de hâte et de rigueur sur le devoir de
tenir les voeux, vu que, de l'aveu de tous, il est
contraire à la nature et au caractère
du voeu de s'y engager contre sa propre
volonté et sans avoir mûrement
réfléchi.
Certains Canons et plusieurs
édits des papes annulent les voeux faits
avant l'âge de quinze ans, jugeant qu'avant
cet âge on n'a pas assez de discernement pour
prendre une décision par laquelle on
s'engage pour toujours à suivre un genre de
vie déterminé. Un autre Canon accorde
à la faiblesse humaine encore quelques
années de plus en défendant de faire
des voeux avant l'âge de dix-huit ans. Selon
ce Canon donc, la plupart des moines et des nonnes
auraient suffisamment de motifs et seraient
parfaitement justifiés en quittant leurs
couvents, puisque la plupart d'entre eux y sont
généralement entrés dans leur
jeunesse, avant d'avoir atteint cet
âge.
Finalement, à supposer
même que ceux qui rompent leurs voeux soient
blâmables, il n'en suivrait pas qu'on doive
dissoudre le mariage qu'ils ont contracté
par la suite. Car saint Augustin dit que ces sortes
de mariages ne doivent pas être rompus
(Nuptiarum, ch. I, qu'. 27). Or saint Augustin
jouit d'une grande réputation dans l'Eglise,
- quoique certains après lui n'aient pas
partagé son avis.
Maintenant, quoique le
commandement de Dieu concernant le mariage
affranchisse déjà un grand nombre de
moines de leurs voeux, les nôtres prouvent
par d'autres raisons encore que les voeux
monastiques sont nuls et sans valeur : Tout culte
établi et choisi par les hommes, en dehors
de tout commandement de Dieu, pour obtenir la
justice et pour mériter la grâce de
Dieu, est en opposition directe contre Dieu, et
contraire à son Evangile et à son
commandement. Christ lui-même l'a dit,
Matth.15, 9 : « C'est en vain qu'ils me
servent par des commandements d'hommes ».
Saint Paul aussi enseigne continuellement qu'on ne
doit pas chercher à obtenir la justice par
le moyen de cultes et de prescriptions
inventés par les hommes, mais que la justice
et la sainteté valables devant Dieu viennent
de la foi et de la confiance : lorsque nous crevons
que Dieu nous reçoit en grâce pour
l'amour de Jésus-Christ son Fils
unique.
Cependant tout le monde sait
que les moines prêchaient publiquement que
leur spiritualité imaginaire a la vertu de
satisfaire pour le péché et de
procurer la grâce de Dieu et la justice. Que
fait-on en enseignant une telle doctrine, sinon
diminuer la gloire et le prix de la grâce du
Christ et renier la justice de la foi ? Il en
résulte donc que ces sortes de voeux sont
des cultes impies et faux. Par là même
ils cessent d'être obligatoires, puisqu'un
engagement impie et contraire à la loi
divine est nul et sans valeur ; car, comme
l'affirment aussi les Canons, un serment ne doit
jamais nous obliger à pécher.
Saint Paul dît aux
Galates, ch. 5, 4 : « Vous êtes
séparés de Christ, vous qui voulez
être justifiés par la loi, et vous
êtes déchus de la grâce ».
Donc ceux qui veulent devenir justes par des voeux
sont séparés de Christ et sont
déchus de la grâce de Dieu. Car ils
ravissent la gloire à Christ, qui peut seul
rendre juste, et ils attribuent cette gloire
à leurs voeux et à leur
moinerie.
On ne peut pas le nier : Les
moines ont prêché et enseigné
que par leurs voeux et leur observation des
règles monastiques ils acquièrent la
justice et méritent la rémission des
péchés. Ils ont même
inventé d'autres absurdités encore
bien plus ridicules. Ils ont prétendu qu'ils
pouvaient communiquer leurs mérites à
des tiers ! Si quelqu'un voulait raconter sans
ménagement toutes les sottises des moines et
les clouer au pilori, que d'inepties de ce genre
pourrait-il accumuler ! Choses dont les moines
eux-mêmes ont maintenant honte et qu'ils
voudraient désavouer. Par surcroît,
les moines ont aussi fait accroire aux gens que
leurs soi-disant ordres spirituels constituent la
« perfection chrétienne ».
Voilà ce qu'on appelle glorifier les
oeuvres, comme si par elles nous étions
justifiés. Vraiment, c'est un grand scandale
dans l'Eglise que de proposer au peuple un pareil
culte inventé par les hommes, sans aucun
commandement de Dieu, et d'enseigner qu'un culte de
cette espèce rend les hommes justes et
saints devant Dieu. Car la justice de la foi, qui
ne saurait être trop prêchée
dans l'Eglise, est obscurcie lorsqu'on fait briller
devant les yeux du peuple cette étrange
spiritualité angélique et cette
fausse apparence de pauvreté,
d'humilité et de chasteté.
En outre, les commandements
de Dieu et le véritable culte qui lui est
dû, sont obscurcis lorsqu'on enseigne aux
gens que seuls les moines se trouvent dans
l'état de perfection. Car la vraie
perfection chrétienne consiste à
craindre Dieu sincèrement et de tout son
coeur, et à avoir quand même la ferme
confiance du coeur et la foi par laquelle nous
sommes assurés que, grâce à
Christ, nous avons un Dieu favorable et
miséricordieux, et que nous pouvons et
devons demander à Dieu tout ce dont nous
avons besoin, persuadés que nous obtiendrons
de Lui - chacun dans son état et sa vocation
- le secours dans toutes les adversités. En
même temps nous devons, avec zèle,
nous appliquer à la pratique
extérieure des bonnes oeuvres et nous
acquitter des devoirs de notre vocation.
Voilà en quoi consiste la vraie perfection
et le véritable culte, - et non pas dans la
mendicité, ou dans le port d'un froc gris ou
noir, etc. Mais à force d'entendre les
fausses louanges de la vie monastique, le peuple
dans sa simplicité conçoit beaucoup
d'opinions nuisibles. Lorsqu'il entendent ainsi
exalter outre mesure l'état
célibataire, c'est forcément avec une
conscience troublée qu'ils vivront dans le
mariage. De même, si l'homme du peuple entend
dire que seuls les mendiants sont parfaits, il ne
peut pas savoir qu'il lui est permis de
posséder des biens et qu'il peut sans
péché travailler. Si le peuple entend
que de renoncer à la vengeance n'est qu'un
« Conseil », quelques-uns en conclueront
que la vengeance exercée en dehors d'une
fonction publique n'est pas un péché.
D'autres croiront au contraire que la vengeance
n'est jamais permise aux chrétiens, pas
même au magistrat.
L'histoire rapporte aussi
beaucoup de cas où plusieurs ont
quitté femme et enfants, et même
résigné leur gouvernement et leur
charge, pour s'enfermer dans des couvents. C'est ce
qu'ils ont appelé fuir le monde et chercher
un genre de vie plus agréable à Dieu
que celui des autres. C'est qu'ils ne pouvaient
savoir qu'il faut servir Dieu en accomplissant les
commandements qu'il a donnés, et non pas des
commandements imaginés par des hommes. Or,
n'est un genre de vie parfait que celui qui a pour
lui le commandement de Dieu ; tandis que tout genre
de vie qui n'a pas pour lui le commandement de Dieu
est dangereux. Voilà des
vérités au sujet desquelles il
était urgent d'instruire le peuple.
Gerson, lui aussi, a
sévèrement blâmé en son
temps cette erreur des moines concernant la
perfection, et il témoigne que de son temps
c'était un langage nouveau que d'appeler la
vie monastique un « état de perfection
».
Que d'erreurs et d'opinions
impies se rattachent aux voeux monastiques : On
leur attribue la vertu de rendre l'homme juste et
saint devant Dieu, de constituer la perfection
chrétienne, d'accomplir à la fois
« les commandements et les Conseils de
l'Evangile », et de posséder un surplus
de bonnes oeuvres dont on n'était pas
redevable devant Dieu. Puisque donc tout cela n'est
qu'invention, mensonge et vanité, les voeux
monastiques sont nuls et n'obligent
personne.
.
Article 28. - DU
POUVOIR DES ÉVÊQUES
Anciennement on a beaucoup
écrit sur le pouvoir des évoques, et
plusieurs ont maladroitement confondu le pouvoir
spirituel des évêques et la puissance
temporelle du glaive. Cette confusion a
engendré de grandes guerres, des
soulèvements et des émeutes. Car les
évêques, sous le couvert du pouvoir
qui leur a été donné par
Christ, ont non seulement introduit de nouveaux
cultes, et accablé les consciences au moyen
de la « réservation de certains cas
» et de l'emploi brutal de l'excommunication ;
mais ils ont même osé installer et
destituer des rois et des empereurs selon leur bon
plaisir. Ces pratiques criminelles ont
été sévèrement
blâmées au sein de l'Eglise
chrétienne, il y a très longtemps
déjà, par des hommes
réputés pour leur science et leur
piété. Donc, pour rassurer les
consciences, nos docteurs se sont vus
obligés de démontrer la
différence qui existe entre le pouvoir
spirituel et le pouvoir temporel auquel appartient
le droit du glaive et du gouvernement ; et ils ont
enseigné que les deux pouvoirs sont à
honorer avec vénération, à
cause du commandement de Dieu, et qu'ils sont
à considérer comme les deux plus
grands bienfaits divins dont nous jouissons sur
terre.
Les nôtres enseignent
que le Ministère des Clefs, ou le Pouvoir
des évêques, consiste, selon
l'Evangile, dans le pouvoir et le commandement que
Dieu a donnés, de prêcher l'Evangile,
de pardonner ou retenir le péché et
d'administrer les sacrements. Car
Jésus-Christ a envoyé les
apôtres avec ce commandement, Jean 20, 21 :
« Comme mon Père m'a envoyé, je
vous envoie aussi. Recevez le Saint-Esprit ; ceux
à qui vous remettrez les
péchés, ils leur seront remis. Ceux
à qui vous les retiendrez, ils leur seront
retenus ».
Ce Pouvoir des clefs, ou des
évêques, ne peut être
exercé que par le moyen de l'enseignement et
de la prédication de la Parole de Dieu et
par l'administration des sacrements, selon la
vocation de chacun, soit en public, soit en
privé. Car il sert, non pas à
conférer des biens matériels, mais
des biens éternels, à savoir la
Justice, le Saint-Esprit et la Vie
éternelle. Ces biens ne peuvent s'obtenir
que par le Ministère de la
Prédication et par l'administration des
saints Sacrements. Car saint Paul dît, Rom.
1, 16 : « L'Evangile est une puissance de Dieu
pour sauver tous ceux qui croient ».
Puisque donc le pouvoir de
l'Eglise, ou des évêques,
confère des biens éternels, puisqu'il
n'est exercé que par le ministère de
la prédication, il ne gène donc en
rien le pouvoir civil et le gouvernement temporel.
Car le gouvernement civil s'occupe de toute autre
chose que de l'Evangile, puisqu'il protège,
non pas les âmes, mais les corps et les biens
des sujets contre la violence matérielle, au
moyen de l'épée et des
châtiments corporels.
Il faut donc se garder de
mêler et de confondre les deux pouvoirs, le
temporel et le spirituel. Car le pouvoir spirituel
a la mission particulière de prêcher
l'Evangile et d'administrer les Sacrements. Il ne
doit jamais empiéter sur un domaine autre
que le sien. Il ne doit pas établir ou
destituer des rois ; il ne doit pas abolir les lois
civiles, ni corrompre l'obéissance due aux
autorités : il ne doit pas s'immiscer dans
les affaires civiles, ni faire la loi au pouvoir
temporel. Christ lui-même a dit, Jean 18, 36
: « Mon royaume n'est pas de ce monde ».
Et aussi, Luc 12, 14 : « Qui est-ce qui m'a
établi juge parmi vous ? ». Et saint
Paul, Phil. 3, 20 : « Notre cité
à nous est dans les cieux ». Et 2 Cor.
10, 4 : « Les armes avec lesquelles nous
combattons ne sont pas charnelles, mais elles sont
puissantes par la vertu de Dieu pour renverser les
machinations de l'ennemi et toute hauteur qui
s'élève contre la connaissance de
Dieu ».
Telle est la distinction que
font les nôtres entre les fonctions des deux
pouvoirs, et ils recommandent qu'on les honore tous
les deux comme le don le plus précieux dont
nous jouissons sur terre.
S'il arrive que des
évêques possèdent aussi le
gouvernement temporel et tiennent
l'épée, ce n'est pas par droit divin
ni en qualité d'évêques qu'ils
possèdent ce pouvoir, mais par droit humain,
impérial, puisqu'ils le tiennent des rois et
des empereurs pour l'administration civile de leurs
possessions. Ces fonctions n'ont rien à voir
avec le ministère de l'Evangile.
Donc, le ministère
épiscopal, en tant que ministère de
droit divin, consiste à prêcher
l'Evangile, à pardonner les
péchés, à juger la doctrine,
à rejeter la doctrine contraire à
l'Evangile, à exclure de l'Eglise
chrétienne les impies dont
l'impiété est manifeste, sans
violence, uniquement par le moyen de la Parole de
Dieu. Dans ces choses, les laïques et les
églises doivent obéissance aux
évêques, selon la parole de Christ,
Luc 10, 16 : « Celui qui vous écoute,
m'écoute ». Mais si les
évêques s'avisent d'enseigner ou
d'instituer des choses contraires à
l'Evangile, le commandement de Dieu, dans ce cas,
nous défend d'obéir : Matth. 7, 15 :
« Gardez-vous des faux prophètes
». Saint Paul aux Galates, ch. 1, 8 : «
Si nous-mêmes ou un ange du ciel vous
annonçait un autre Evangile que celui que
nous vous avons prêché, qu'il soit
maudit ». 2 Cor 13, 8, 10 : « Nous
n'avons point de pouvoir contre la
vérité, mais pour la
vérité... Selon le pouvoir que le
Seigneur m'a donné pour édifier, non
pour détruire ». Le Droit canonique
prescrit la même chose (Qu'. 2, chat. 7,
« Sacerdotes » et chp. «Oves»
). Et saint Augustin écrit : « Lorsque
les évêques sont dans l'erreur,
lorsqu'ils enseignent ou édictent quelque
chose qui est contraire à l'Ecriture Sainte,
on ne doit pas leur obéir, même s'ils
sont régulièrement élus
».
Quant aux pouvoirs
judiciaires des évêques, notamment en
matière de mariage et de dîmes, ils ne
les exercent qu'en vertu du droit humain. Si les
Ordinaires négligent ces devoirs, les
princes sont obligés - que cela leur plaise
ou non - d'exercer eux-mêmes la justice parmi
leurs sujets, dans l'intérêt de la
paix publique et pour éviter des
désordres dans leurs pays.
Il y a aussi de
sérieuses discussions pour savoir si les
évêques ont le droit d'introduire des
cérémonies dans l'Eglise, s'ils
peuvent imposer des ordonnances sur les aliments,
sur les jours fériés, sur
l'organisation hiérarchique du
clergé. Ceux qui accordent ce pouvoir aux
évêques s'appuyent sur cette parole de
Christ, Jean 16, 12 : « J'ai encore beaucoup
de choses à vous dire, mais vous ne pouvez
pas le supporter maintenant. Mais quand l'Esprit de
Vérité sera venu, il vous conduira
dans toute la vérité ». Ils
invoquent aussi l'exemple des apôtres, Actes
15, 20, 29, où ceux-ci
décrétèrent qu'on devait
s'abstenir de sang et des viandes
étouffées. On fait observer aussi que
le dimanche a été substitué au
sabbat, contrairement - à ce qu'ils pensent
- au Décalogue. Il n'y a pas d'exemple qu'on
fasse valoir autant que celui du changement du jour
du sabbat, pour prouver que le pouvoir de l'Eglise
est si grand qu'elle a pu même modifier les
Dix Commandements et dispenser de les
observer.
Nos docteurs par contre
enseignent que les évêques n'ont pas
le pouvoir d'instituer ou d'établir quoi que
ce soit qui soit opposé à l'Evangile,
comme d'ailleurs nous l'avons
démontré plus haut ; et comme en fait
preuve aussi toute la IX. Distinction du Droit
canonique. Or, il est manifestement contraire
à la Parole et au commandement de Dieu de
faire ou d'imposer des lois et de prétendre
qu'en les observant on fait satisfaction pour les
péchés et qu'on obtient la
grâce. Car c'est outrager Christ et son
glorieux mérite que d'entreprendre de
mériter la grâce par l'observation de
telles ordonnances.
Il est incontestable que par
suite de cette prétention, l'Eglise
chrétienne a été
inondée d'ordonnances, tandis que la
doctrine de la foi et la justification par la foi
étaient supprimées. Tous les jours on
ordonnait de nouvelles fêtes, de nouveaux
jeûnes, de nouveaux rites, de nouvelles
vénérations de saints, en vue
d'acquérir par ces oeuvres la grâce et
tous les dons de Dieu.
En outre, les fauteurs
d'ordonnances se mettent en opposition contre le
commandement divin en déclarant
péché toute infraction à leurs
règles concernant les aliments, les jours,
etc., opprimant ainsi la chrétienté
par la servitude de la loi ; comme si les
chrétiens devaient posséder un culte
semblable au culte lévitique afin de
mériter la grâce divine. On
prétend même que c'est Dieu qui aurait
ordonné aux apôtres et aux
évêques d'établir ce culte.
Voilà en effet ce que quelques-uns ont
écrit. On peut très bien s'imaginer
que plusieurs des évêques ont
été séduits par le
précédent de la Loi de Moïse, et
que c'est de là que viennent tant
d'innombrables ordonnances. En voici quelques
exemples : On déclarait péché
mortel le travail manuel aux jours
fériés, même s'il se faisait
sans scandale pour le prochain. On
prétendait que c'est un péché
mortel de ne pas observer les heures canoniques ;
que certains aliments souillent la conscience ; que
les jeûnes sont des oeuvres par lesquelles on
obtient la réconciliation avec Dieu ; que
dans les cas « réservés »
le péché ne peut être
pardonné à moins qu'on ne s'adresse
auparavant à celui qui a
réservé le cas, - et pourtant, selon
le Droit canonique, cette réservation ne
s'applique pas du tout à la faute
elle-même, mais aux peines
ecclésiastiques.
D'où les
évêques tirent-ils le droit et le
pouvoir d'imposer à la
chrétienté de pareilles ordonnances
pour enchaîner les consciences ? Alors que
saint Pierre, dans les Actes des Apôtres (ch.
15, 10), défend d'imposer un joug aux
disciples, et saint Paul dit aux Corinthiens (2
Cor. 13, 10) que le Seigneur a donné aux
apôtres le pouvoir d'édifier, et non
celui de détruire ! Pourquoi donc
multiplient-ils le péché par leurs
ordonnances ? D'autre part, nous avons de claires
paroles de l'Ecriture divine qui nous
défendent d'établir des règles
de ce genre, en prétendant qu'elles sont
nécessaires au salut et qu'elles servent
à mériter la grâce de Dieu.
C'est ainsi que saint Paul dit, Col. 2, 16 et 20 :
« Que personne ne vous juge au sujet du manger
et du boire, ou au sujet d'une fête, d'une
nouvelle lune, ou des sabbats c'était
l'ombre des choses à venir, mais le corps
est en Christ ». Et : « Si vous
êtes morts avec Christ aux rudiments du
monde, pourquoi vous laissez-vous imposer ces
préceptes : Ne prends pas, ne goûte
pas, ne touche pas ? Préceptes qui tous
deviennent pernicieux par l'abus, et qui ne sont
fondés que sur les ordonnances et les
doctrines des hommes, quoiqu'ils se donnent
l'apparence de la sagesse ». De même,
saint Paul (Tite 1, 14) défend franchement
de s'attacher à des fables judaïsantes
et à des commandements d'hommes qui se
détournent de la vérité.
Jésus lui-même, parlant de ceux qui
imposent aux gens des commandements d'hommes, dit :
« Laissez-les ; ce sont des aveugles qui
conduisent des aveugles ». Et, condamnant ce
genre de culte : « Toute plante que n'a pas
plantée mon Père céleste sera
déracinée » (Matth. 15, 14.
13).
Si donc les
évêques avaient le pouvoir de
surcharger les églises et de tyranniser les
consciences par d'innombrables ordonnances,
pourquoi alors la Parole de Dieu interdit-elle si
souvent de faire ou de suivre ces ordonnances
humaines? Pourquoi les appelle-t-elle des doctrines
de démons ? Serait-ce donc en vain que le
Saint-Esprit nous a adressé tant
d'avertissements ?
C'est pourquoi, comme de
telles ordonnances, instituées comme des
choses nécessaires afin de
réconcilier Dieu et de mériter la
grâce, sont contraires à l'Evangile,
il n'appartient aucunement aux évêques
d'imposer violemment ces sortes de cultes. Car il
est absolument nécessaire que l'on
maintienne dans la chrétienté la
doctrine de la liberté chrétienne,
selon laquelle la servitude de la Loi n'est pas
nécessaire pour la Justification. Saint Paul
dît aux Galates (ch. 5, 1) : « Demeurez
fermes dans la liberté dont Christ nous a
affranchis, et ne vous laissez pas mettre de
nouveau sous le joug de la servitude ». Car
sans nul doute, il faut que soit maintenu l'article
principal de l'Evangile, à savoir que nous
recevons la grâce de Dieu par la foi en
Christ, sans aucun mérite de notre part, et
que nous ne pouvons la mériter par un culte
institué par les hommes.
Que faut-il penser alors de
l'institution du dimanche et d'autres rites et
règlements de ce genre ? Voici la
réponse des nôtres : II est permis aux
évêques et aux pasteurs
d'établir certaines règles pour
maintenir l'ordre dans l'Eglise, - mais non pour
obtenir la grâce, ni pour faire satisfaction
pour les péchés, ni pour imposer ces
règles aux consciences comme si
c'était un culte nécessaire, et comme
si l'infraction à ces règles
était un péché, même si
elle se fait sans scandale pour le prochain. Ainsi,
par exemple, saint Paul, dans la première
Epître aux Corinthiens (ch. n, 5-6 ; ch. 14,
27), établit la règle que dans
l'assemblée les femmes aient la tête
couverte, et que les prédicateurs, dans
l'assemblée, ne parlent pas tous à la
fois, mais dans l'ordre, chacun à son
tour.
L'amour chrétien et
l'intérêt de la paix obligent
l'assemblée chrétienne à
observer ces sortes de règlements, et
à obéir dans ces cas aux
évêques et aux pasteurs, afin
d'éviter tout scandale ainsi que le
désordre et la confusion dans l'Eglise ;
mais il faut observer ces règles de
manière à ce qu'elles ne deviennent
pas un fardeau pour les consciences, qu'on ne les
considère pas comme nécessaires au
salut, et qu'on ne regarde pas comme un
péché l'infraction à ces
règles, lorsqu'elle se fait sans scandaliser
le prochain : par exemple, personne ne dira qu'une
femme qui s'en va tête nue commet un
péché, du moment que personne n'en
est scandalisé.
Il en est de même de la
célébration du dimanche, de la
fête de Pâques, de la Pentecôte,
et d'autres fêtes. Ceux qui pensent que
l'observation du dimanche au lieu du sabbat a
été introduite pour être
obligatoire, se trompent fort. Car les Saintes
Ecritures ont aboli le sabbat, et elles enseignent
que toutes les cérémonies de
l'ancienne Loi peuvent être supprimées
depuis que l'Evangile est survenu.
Néanmoins, puisqu'il était
nécessaire d'établir un jour
déterminé pour que le peuple
pût savoir quand il devait s'assembler,
l'Eglise chrétienne à
désigné à cet effet le
dimanche ; et elle a fait ce changement d'autant
plus volontiers qu'elle désirait donner aux
gens un exemple de liberté
chrétienne, afin qu'on sût qu'il n'est
pas obligatoire d'observer soit le sabbat, soit un
autre jour.
Il y a un grand nombre de
vaines discussions sur les modifications de la Loi,
sur les cérémonies du Nouveau
Testament, sur le déplacement du sabbat, qui
toutes sont nées de l'erreur que voici : On
croyait que la chrétienté devait
posséder un culte semblable au culte
lévitique des juifs, et que le Christ avait
ordonné aux apôtres et aux
évêques de créer de nouveaux
rites, qui seraient nécessaires au salut.
Ces erreurs se sont infiltrées dans la
chrétienté à partir du moment
où l'on cessait d'enseigner et de
prêcher purement et correctement la
Justification par la Foi. Voici comment
quelques-uns discutent au sujet du dimanche :
L'observation du dimanche, disent-ils, n'est pas de
droit divin, mais presque de droit divin ; puis ils
prescrivent le genre et la quantité de
travail permis un jour de fête. Que sont
toutes ces subtilités, sinon des
pièges qu'on tend aux consciences ? Il est
vrai qu'ils cherchent a atténuer la rigueur
des ordonnances humaines. Mais en
réalité, aucun adoucissement n'est
efficace tant que persiste l'opinion que
l'observation de ces ordonnances est indispensable
; or, cette opinion persistera forcément
aussi longtemps qu'on ignore la doctrine de la
justice par la foi et de la liberté
chrétienne.
Les apôtres ont
prescrit qu'il faut s'abstenir du sang et des
viandes étouffées. Qui donc observe
aujourd'hui cette règle ? Et pourtant ceux
qui ne l'observent pas ne commettent pas de
péché ; car les apôtres
eux-mêmes n'ont pas voulu accabler les
consciences avec une telle servitude: ils n'ont
établi cette règle que provisoirement
et pour que les chrétiens évitent de
scandaliser leurs frères. Car pour bien
comprendre cette ordonnance, il faut bien garder en
vue l'article principal de la foi
chrétienne, qui n'est pas annulé par
ce décret. Presque 'aucun des anciens Canons
n'est observé à la lettre ; oui,
beaucoup de leurs préceptes tombent
journellement en désuétude,
même chez ceux qui observent ces sortes de
règles avec le plus grand zèle. Il
est impossible de venir en aide aux consciences,
à moins qu'on n'applique cet adoucissement
qui consiste à savoir que l'observance de
ces règles n'est nullement obligatoire, et
qu'il ne peut nuire en rien aux consciences si l'on
néglige ces ordonnances
complètement.
Les évêques
maintiendraient facilement le peuple dans
l'obéissance s'ils n'exigeaient pas qu'on se
soumette à ces ordonnances qu'on ne peut
observer sans péché. Mais voyez ce
qu'ils font maintenant : Ils interdisent la
communion sous les deux espèces, ils
interdisent le mariage des prêtres, ils
n'admettent personne avant qu'il n'ait juré
de ne pas prêcher cette doctrine que nous
enseignons, qui pourtant est incontestablement
conforme à l'Evangile.
Nos églises ne
demandent pas que les évêques
rétablissent la paix et l'unité aux
dépens de leur honneur et de leur
dignité, bien qu'il conviendrait aux
évêques de faire ce sacrifice si
besoin était. Nous demandons seulement
qu'ils renoncent à imposer certaines
ordonnances injustes et abusives, que l'ancienne
Eglise n'a pas connues, et qui ont
été introduites à l'encontre
de l'usage de l'Eglise chrétienne
universelle. Il se peut que primitivement elles
aient eu quelque raison d'être, mais elles ne
conviennent plus à notre époque. Il
est indéniable que l'introduction de
plusieurs de ces prescriptions est due à un
manque de bons sens.
C'est pourquoi il
conviendrait que les évêques fussent
assez bienveillants pour atténuer les
rigueurs des ordonnances, d'autant plus que de
telles modifications ne sauraient nuire à
l'unité de l'Eglise ; car beaucoup
d'ordonnances d'origine humaine sont tombées
d'elles-mêmes au cours du temps, et il n'est
pas nécessaire de les observer, comme les
Droits des Papes eux-mêmes en font foi. Si
cela n'est pas possible, s'ils refusent d'adoucir
et d'abolir ces commandements d'hommes qui ne
peuvent pas être observés sans
péché, nous serons obligés de
nous en tenir à la règle des
apôtres, Actes 5, 29, qui nous ordonne d'
obéir à Dieu plutôt qu'aux
hommes !
Saint Pierre (1 Pierre 5, 3)
défend aux évêques de dominer
sur les églises, comme s'ils avaient le
pouvoir de les contraindre à tout ce qu'ils
veulent. Maintenant, nous n'entreprenons pas de
dépouiller les évêques de leur
autorité ; nous nous contentons de demander
et de supplier qu'ils ne contraignent plus les
consciences à pécher. S'ils refusent,
s'ils méprisent notre prière : qu'ils
réfléchissent bien qu'ils devront en
rendre compte à Dieu, puisque par leur
obstination ils causeront la division et le
schisme, alors qu'il serait de leur devoir d'aider
à le prévenir.
.
CONCLUSION
Voila les principaux articles
qui sont considérés comme
matière de controverse. Quoiqu'on aurait pu
alléguer bien d'autres erreurs et abus, nous
nous sommes contentés, pour éviter la
prolixité et les longueurs, de mentionner