LA
CONFESSION D'AUGSBOURG
INALTÉRÉE (Confession de
Foi de l'Église Évangélique
Luthérienne)
*Nous présentons ici
une traduction fidèle et intégrale du
texte allemand tel qu'il fût lu devant la
Diète d'Empire à Augsbourg, en
présence de l'Empereur Charles Quint, le 25
juin 1530. Cette traduction est tirée de Le
Petit catéchisme de Martin Luther, Appendice
la Confession d'Augsbourg, Paris: Église
Luthérienne Libre, 1937 (sans
copyright).*
ARTICLES FONDAMENTAUX DE
LA FOI ET DE LA DOCTRINE
Article 1. -
DE
DIEU
Article 2. - DU PÉCHÉ
ORIGINEL
Article 3. - DU FILS DE
DIEU
Article 4 - DE LA
JUSTIFICATION
Article 5. - DU MINISTÈRE DE LA
PAROLE
Article 6. - DE LA NOUVELLE
OBÉISSANCE
Article 7. - DE
L'ÉGLISE
Article 8. - CE QU'EST L'ÉGLISE
DANS LE MONDE
Article 9. - DU
BAPTÊME
Article 10. - DE LA SAINTE
CÈNE
Article 11 - DE LA
CONFESSION
Article 12. - DE LA
REPENTANCE
Article 13. - DE L'EMPLOI DES
SACREMENTS
Article 14. - DU GOUVERNEMENT DE
L'ÉGLISE
Article 15. - DES RITES
ECCLÉSIASTIQUES
Article 16. - DU GOUVERNEMENT
CIVIL
Article 17. - DU RETOUR DU CHRIST POUR
LE JUGEMENT
Article 18. - DU LIBRE
ARBITRE
Article 19. - DE L'ORIGINE DU
PÉCHÉ
Article 20. - DE LA FOI ET DES BONNES
OEUVRES
Article 21. - DE L'INVOCATION DES
SAINTS
CONCLUSION DE
LA PREMIÈRE PARTIE
DEUXIÈME PARTIE
ARTICLES QUI SONT
CONTESTÉS ET OÙ L'ON TRAITE DES ABUS
QUI ONT ÉTÉ
CORRIGÉS
Article 22. -
DE LA
COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES
Article 23. - DU MARIAGE DES
PRÊTRES
Article 24. - DE LA MESSE
Article 25. - DE LA
CONFESSION
Article 26. - DE LA DISTINCTION DES
ALIMENTS
Article 27.- DES VEUX
MONASTIQUES
Article 28. - DU POUVOIR DES
ÉVÊQUES
CONCLUSION
PREMIÈRE
PARTIE
ARTICLES
FONDAMENTAUX DE LA FOI ET DE LA DOCTRINE
.
Article 1. - DE
DIEU
Nos églises enseignent
en parfaite unanimité la doctrine
proclamée par le Concile de Nicée :
à savoir qu'il y a un seul Être divin,
qui est appelé et qui est réellement
Dieu. Pourtant, il y a en lui trois Personnes,
également puissantes et éternelles :
Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le
Saint-Esprit ; tous les trois un seul Être
divin, éternel, indivisible, infini,
tout-puissant, infiniment sage et bon,
créateur et conservateur de toutes choses
visibles et invisibles. Par le terme de Personne,
nous ne désignons pas une partie ni une
qualité inhérente à un
être, mais ce qui subsiste par
lui-même. C'est ainsi que les Pères de
l'Eglise ont entendu ce terme.
Nous rejetons donc toutes les
hérésies contraires à cet
article : nous condamnons les Manichéens qui
ont statué deux dieux, un bon et un mauvais,
les Valentiniens, les Ariens, les Eunomiens, les
Mahométans et autres. Nous condamnons aussi
les Samosaténiens, anciens et modernes, qui
n'admettent qu'une seule Personne, et qui, en usant
de sophismes impies et subtils, prétendent
que le Verbe et le Saint-Esprit ne sont pas des
personnes distinctes, mais que le « Verbe
» signifie une parole ou une voix, et que le
« Saint-Esprit » ne serait autre chose
qu'un mouvement produit dans les
créatures.
.
Article 2. - DU
PÉCHÉ ORIGINEL
Nous enseignons que par suite
de la chute d'Adam, tous les hommes nés de
manière naturelle sont conçus et
nés dans le péché ; ce qui
veut dire que, dès le sein de leur
mère, ils sont pleins de convoitises
mauvaises et de penchants pervers. Il ne peut y
avoir en eux, par nature, ni crainte de Dieu ni
confiance en lui. Ce péché
héréditaire et cette corruption
innée et contagieuse est un
péché réel, qui assujettit
à la damnation et à la colère
éternelle de Dieu tous ceux qui ne sont pas
régénérés par le
Baptême et par le Saint-Esprit.
Par conséquent, nous
rejetons les Pélagiens et autres qui, au
mépris de la passion et du mérite de
Christ, rendent bonne la nature humaine par ses
forces naturelles, en soutenant que le
péché originel n'est pas un
péché.
.
Article 3. - DU FILS
DE DIEU
Nous enseignons aussi que
Dieu le Fils est devenu homme, né de la pure
Vierge Marie, et que les deux natures, la divine et
l'humaine, unies inséparablement dans une
personne unique, constituent un seul Christ, qui
est vrai Dieu et vrai homme. Il est
véritablement né, il a
réellement souffert, il a été
crucifié, il est mort, il a
été enseveli, afin qu'il
s'offrît en sacrifice, non seulement pour le
péché originel, mais aussi pour tous
les autres péchés, afin d'apaiser la
juste colère de Dieu.
Le même Christ est
descendu aux enfers ; il est réellement
ressuscité le troisième jour,
monté au ciel, assis à la droite de
Dieu, afin qu'il étende son règne et
sa domination éternels sur toutes les
créatures, qu'il sanctifie, purifie,
affermisse et console par le Saint-Esprit tous ceux
qui croient en lui, et afin qu'il leur donne en
partage la vie et toutes sortes de dons, et qu'il
les protège contre le diable et le
péché.
Ce même Seigneur
Jésus-Christ reviendra enfin visiblement,
pour juger les vivants et les morts, etc., - selon
le Symbole des Apôtres.
.
Article 4 - DE LA
JUSTIFICATION
Nous enseignons aussi que
nous ne pouvons pas obtenir la rémission des
péchés et la Justice devant Dieu par
notre propre mérite, par nos oeuvres ou par
nos satisfactions, mais que nous obtenons la
rémission des péchés et que
nous sommes justifiés devant Dieu par pure
grâce, à cause de Jésus-Christ
et par la foi, - lorsque nous croyons que Christ a
souffert pour nous, et que, grâce à
lui, le pardon des péchés, la Justice
et la vie éternelle nous sont
accordés. Car Dieu veut que cette foi nous
tienne lieu de justice devant lui, il veut nous
l'imputer à justice, comme l'explique saint
Paul aux chapitres 3 et 4 de l'Epître aux
Romains.
.
Article 5. - DU
MINISTÈRE DE LA PAROLE
Pour qu'on obtienne cette
foi, Dieu a institué le Ministère de
la Parole et nous a donné l'Evangile et les
Sacrements. Par ces moyens il nous donne le
Saint-Esprit, qui produit la foi, où et
quand il le veut, dans ceux qui entendent
l'Evangile. Cet Evangile enseigne que nous avons,
par la foi, un Dieu plein de grâce, et cela
non point à cause de nos mérites,
mais pour le mérite de Christ.
Nous condamnons donc les
Anabaptistes et autres sectes semblables, qui
enseignent que nous pouvons obtenir le Saint-Esprit
sans l'instrumentalité de la Parole
extérieure de l'Evangile, mais par nos
propres efforts, par nos méditations et par
nos oeuvres.
.
Article 6. - DE LA
NOUVELLE OBÉISSANCE
Nous enseignons aussi que
cette foi doit produire des fruits et des bonnes
oeuvres, et qu'il faut que l'on fasse, pour l'amour
de Dieu, toutes sortes de bonnes oeuvres que Dieu
lui-même a commandées. Mais il faut se
garder de mettre sa confiance dans ces oeuvres et
de vouloir mériter par elles la grâce
de Dieu. Car c'est par la foi en Christ que nous
obtenons la rémission des
péchés et la justice, comme le dit
Jésus-Christ lui-même, Luc 17, 10 :
« Quand vous aurez fait toutes les choses qui
vous sont commandées, dites : nous sommes
des serviteurs inutiles ». Voilà ce
qu'enseignent aussi les Pères. Saint
Ambroise déclare : « II est
ordonné de Dieu que celui qui croit en
Christ sera sauvé, non point par les
oeuvres, mais par la foi seule, recevant ainsi la
rémission des péchés
gratuitement et sans mérite ».
.
Article 7. - DE
L'ÉGLISE
Nous enseignons aussi qu'il
n'y a qu'une Sainte Eglise chrétienne et
qu'elle subsistera éternellement. Elle est
l'Assemblée de tous les croyants parmi
lesquels l'Evangile est enseigné en
pureté et où les Saints Sacrements
sont administrés conformément
à l'Evangile.
Car pour qu'il y ait
unité véritable de l'Eglise
chrétienne, il suffit que tous soient
d'accord dans l'enseignement de la doctrine
correcte de l'Evangile et dans l'administration des
sacrements en conformité avec la Parole
divine. Mais pour l'unité véritable
de l'Eglise chrétienne il n'est pas
indispensable qu'on observe partout les mêmes
rites et cérémonies qui sont
d'institution humaine. C'est ce que déclare
saint Paul, Eph. 4, 5-6 : « Un seul corps et
un seul esprit, comme aussi vous avez
été appelés à une seule
espérance par votre vocation ; un seul
Seigneur, une seule foi, un seul baptême
».
.
Article 8. - CE
QU'EST L'ÉGLISE DANS LE MONDE
L'Eglise chrétienne,
à proprement parler, n'est pas autre chose
que l'Assemblée de tous les saints et
croyants. Cependant, dans ce monde, beaucoup de
faux chrétiens et d'hypocrites, et
même des pécheurs manifestes sont
mêlés aux fidèles ;
néanmoins les sacrements sont efficaces,
même s'ils sont administrés par des
prêtres impies, - comme Christ lui-même
a dit, Matth. 23, 2 : « Les Scribes et les
Pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse,
etc... ».
Nous condamnons donc les
Donatistes, et tous ceux qui enseignent
autrement.
.
Article 9. - DU
BAPTÊME
Nous enseignons que le
baptême est nécessaire au salut, et
que par le Baptême la grâce divine nous
est offerte. Nous enseignons aussi qu'on doit
baptiser les enfants, et que, par ce Baptême,
ils sont offerts à Dieu et lui deviennent
agréables.
C'est pourquoi nous
condamnons les Anabaptistes, qui rejettent le
Baptême des enfants.
.
Article 10. - DE LA
SAINTE CÈNE
Quant à la Sainte
Cène du Seigneur, nous enseignons que le
vrai corps et le vrai sang de Christ sont
réellement présents,
distribués et reçus dans la
Cène, sous les espèces du pain et du
vin. Nous rejetons donc la doctrine
contraire.
.
Article 11. - DE LA
CONFESSION
Au sujet de la Confession,
nous enseignons qu'on doit maintenir l'Absolution
privée dans l'Eglise et ne pas la et les
autres lois en vigueur, punir les maiiancuis
laisser tomber en désuétude.
Toutefois, dans la
Confession, l'énumération de tous les
délits n'est pas nécessaire, puisque,
en réalité, elle est impossible,
comme le déclare le Psaume 19, 13 : «
Qui connaît ses égarements ?
».
.
Article 12. - DE LA
REPENTANCE
En ce qui concerne la
Repentance, nous enseignons que ceux qui ont
péché après le Baptême
peuvent obtenir la rémission des
péchés toutes les fois qu'ils s'en
repentent, et que l'Eglise ne doit pas leur refuser
l'Absolution. La vraie repentance comprend, en
premier lieu, la contrition, c'est-à-dire la
douleur et la terreur qu'on ressent à cause
du péché ; en second lieu, la foi en
l'Evangile et en l'Absolution, c'est-à-dire
la certitude que les péchés nous sont
remis et que la grâce nous est
méritée par Jésus-Christ.
C'est cette foi qui console les coeurs et qui rend
la paix aux consciences. Après cela, on doit
amender sa vie et renoncer au péché.
Car tels doivent être les fruits de la
Repentance, comme le dit Jean-Baptiste, Matth. 3, 8
: « Faites les fruits dignes de la repentance
».
Nous rejetons donc ceux qui
enseignent qu'une fois converti, on ne peut plus
retomber dans le péché.
D'autre part, nous condamnons
aussi les Novatiens, qui refusaient l'absolution
à ceux qui avaient péché
après le Baptême.
Enfin, nous rejetons ceux qui
enseignent qu'on obtient la rémission des
péchés, non par la foi, mais par nos
satisfactions.
.
Article 13. - DE
L'EMPLOI DES SACREMENTS
En ce qui concerne l'emploi
des Sacrements, nous enseignons que les Sacrements
n'ont pas été institués
seulement pour être des signes visibles
auxquels on reconnaît les chrétiens,
mais aussi des signes et des témoignages de
la bonne volonté d.e Dieu envers nous,
institués pour réveiller et affermir
notre foi. C'est pourquoi ils exigent la foi, et ne
sont employés correctement que si on les
reçoit avec foi et si on s'en sert pour
consolider la foi.
.
Article 14. - DU
GOUVERNEMENT DE L'ÉGLISE
Quant au gouvernement de
l'Eglise, nous enseignons que nul ne doit enseigner
ou prêcher publiquement dans l'Eglise, ni
administrer les Sacrements, à moins qu'il
n'ait reçu une vocation
régulière.
.
Article 15. - DES
RITES ECCLÉSIASTIQUES
Quant aux rites
ecclésiastiques établis par des
hommes, nous enseignons qu'on doit observer ceux
qu'on peut observer sans péché et qui
contribuent à la paix et au bon ordre dans
l'Eglise, comme par exemple certaines fêtes
et autres solennités. Cependant nous
précisons toujours qu'on ne doit pas en
charger les consciences, comme si ces sortes de
cultes étaient nécessaires au salut.
Bien plus, nous enseignons que toutes les
ordonnances et toutes les traditions
instituées par les hommes pour
réconcilier Dieu et mériter sa
grâce, sont contraires à l'Evangile et
à la doctrine du salut par la foi en Christ.
Voilà pourquoi nous tenons pour inutiles et
contraires à l'Evangile les voeux
monastiques et autres traditions qui
établissent des différences entre les
aliments les jours, etc., par lesquelles on croit
mériter la grâce et offrir
satisfaction pour les péchés.
.
Article 16. - DU
GOUVERNEMENT CIVIL
En ce qui concerne l'Etat et
le gouvernement temporel, nous enseignons que
toutes les autorités dans le monde, les
gouvernements et les lois civiles qui maintiennent
l'ordre public, sont des institutions excellentes
créées et établies par Dieu.
Un chrétien est libre d'exercer les
fonctions de magistrat, de souverain, de juge. Il
peut sans prononcer des jugements selon les lois
impériales et les autres lois en vigueur,
punir les malfaiteurs au moyen de
l'épée, entreprendre une guerre
juste, être soldat, acheter et vendre,
prêter serment sur injonction,
posséder des biens, contracter mariage, etc.
Nous condamnons les Anabaptistes, qui
prétendent que toutes ces choses sont
contraires à la profession
chrétienne.
Nous condamnons aussi ceux
qui enseignent que « perfection
chrétienne » consiste à quitter
sa maison femme et enfants, et à renoncer
à toutes les choses mentionnées
ci-dessus. Alors que la véritable perfection
consiste à craindre Dieu et à se
confier entièrement en lui. Car l'Evangile
n'enseigne pas une conduite ou une justice
temporelle et extérieure, mais il insiste
sur la vie intérieure, sur la justice du
coeur qui est éternelle. Il ne renverse pas
le gouvernement civil, ni l'Etat, ni le mariage,
mais il veut qu'on observe toutes ces choses, comme
de véritables institutions divines ; et il
prescrit que l'on mette en pratique la
charité chrétienne dans ces
états, et que chacun fasse des bonnes
oeuvres selon sa vocation. Il est donc
évident que les chrétiens sont
redevables d'obéir aux autorités et
aux lois, sauf dans le cas où ils ne peuvent
s'y conformer sans pécher. Dans ce cas on
doit obéir à Dieu plutôt qu'aux
hommes, Actes 5, 29
.
Article 17. - DU
RETOUR DU CHRIST POUR LE JUGEMENT
Nous enseignons que notre
Seigneur Jésus-Christ apparaîtra au
dernier jour pour le jugement. Il ressuscitera tous
les morts. Aux justes et aux élus il donnera
la vie éternelle et la
félicité. Quant aux impies et aux
démons, il les condamnera à l'Enfer
et aux tourments éternels.
Nous condamnons donc les
Anabaptistes, qui enseignent que pour les
damnés et pour les démons les peines
et les tourments auront une fin. Nous rejetons
aussi certaines doctrines juives, que l'on
rencontre aussi actuellement, d'après
lesquelles, avant la résurrection des morts,
les justes et les pieux détruiront les
impies et régneront seuls sur la
terre.
.
Article 18. - DU
LIBRE ARBITRE
En ce qui concerne le Libre
Arbitre, nous enseignons ne l'homme possède
une certaine liberté de volonté pour
mener une vie extérieurement honorable et
pour choisir entre les choses accessibles à
la raison. Mais sans la grâce, l'assistance
et l'opération du Saint-Esprit, il n'est pas
possible à l'homme de plaire à Dieu,
de le craindre sincèrement et de mettre sa
confiance en lui, et d'extirper de son coeur la
mauvaise convoitise innée. Ceci n'est
possible. que par le Saint-Esprit, qui nous est
donné par la Parole. Car saint Paul
déclare, 1 Cor. 2, 14 : « L'homme
naturel n'accueille point les choses qui sont de
l'Esprit de Dieu ».
Et pour qu'on sache bien que
nous n'innovons en rien, voici des paroles bien
claires prononcées par saint Augustin au
sujet du Libre Arbitre (Hypognosticon, Livre 3) :
« Nous confessons qu'il y a chez tous les
hommes un libre arbitre. Car ils possèdent
tous, par nature, la raison et l'intelligence
innées. Non pas qu'ils soient capables
d'entrer en relation avec Dieu, comme par exemple
de l'aimer et de le craindre de tout leur coeur ;
mais ce n'est que dans les oeuvres
extérieures de cette vie qu'ils sont libres
de choisir le bien ou le mal. Par le bien, je
comprends ce que la nature humaine est capable
d'accomplir : par exemple, labourer un champ ou le
laisser en friche ; manger, boire, voir un ami, ou
ne pas le faire ; se vêtir ou se
dévêtir, bâtir, prendre femme,
exercer un métier, et faire d'autres choses
semblables qui sont bonnes et utiles. Et encore,
tout cela ne se fait pas sans Dieu et ne subsiste
pas sans lui, puisque c'est de lui et par lui que
sont toutes choses. D'autre part, l'homme peut
aussi par son propre choix se déterminer
pour le mal, comme par exemple se prosterner devant
une idole, commettre un meurtre, etc.
».
.
Article 19. - DE
L'ORIGINE DU PÉCHÉ
En ce qui concerne l'origine
du péché, voici ce que nous
enseignons : Quoique Dieu le Tout-Puissant ait
créé et conserve la nature toute
entière, c'est cependant la volonté
pervertie qui produit le péché dans
tous les méchants et les impies. Car telle
est la volonté du diable et de tous les
impies, qui s'est détournée de Dieu
et s'est portée vers le mal du moment que
Dieu avait retiré sa main ; c'est ce que dit
Jésus-Christ, Jean 8, 44 : « Quand le
diable profère le mensonge, il parle de son
propre fonds ».
.
Article 20. - DE LA
FOI ET DES BONNES OEUVRES
C'est à tort qu'on
nous accuse de prohiber les bonnes oeuvres. Car les
écrits des nôtres sur les Dix
Commandements et sur d'autres sujets analogues
prouvent qu'ils ont donné des instructions
et des exhortations utiles et solides au sujet des
divers états chrétiens et de leurs
oeuvres. Autrefois, les prédicateurs
parlaient peu de ces choses ; par contre ils
prônaient régulièrement, dans
leurs sermons, des niaiseries, des pratiques
puériles et vaines, telles que rosaires,
cultes des saints, moinerie, pèlerinages,
neuvaines, jours fériés,
confréries, etc. Aussi nos adversaires ne
font-ils plus tant de cas de toutes ces observances
inutiles, comme ils le faisaient autrefois; ils ont
même appris à parler de la foi, dont
autrefois ils ne faisaient jamais mention. Ils vont
jusqu'à enseigner maintenant que nous ne
sommes pas justifiés devant Dieu uniquement
par les oeuvres. Ils y joignent la foi en Christ,
et disent : La foi et les oeuvres nous justifient
devant Dieu ; et sans doute, cette doctrine peut
offrir déjà plus de consolation que
celle qui veut que .l'on mette sa confiance
uniquement dans les oeuvres.
Or, puisque la doctrine de la
Foi - la plus importante du Christianisme - a
été si longtemps
négligée, comme on est obligé
d'en convenir, et que leurs prédicateurs,
partout, n'ont guère prêché que
le salut par les oeuvres : les nôtres ont
instruit les fidèles de la façon
suivante :
Premièrement, nous
déclarons que nos oeuvres n'ont pas le
pouvoir de nous réconcilier avec Dieu ni
d'acquérir sa grâce, mais que cela se
fait uniquement par la foi : lorsque nous croyons
que nos péchés sont pardonnes
à cause de Christ qui seul est le
Médiateur pour réconcilier le
Père avec nous (1 Tim. 2, 5). Celui donc qui
s'imagine qu'il peut accomplir cela par ses
oeuvres, et mériter la grâce,
celui-là méprise Christ ; il cherche
un chemin à lui pour aller vers Dieu, -
chose contraire à l'Evangile.
Cette doctrine de la foi est
traitée ouvertement et clairement par saint
Paul en de nombreux endroits de ses écrits,
particulièrement dans l'Epître aux
Ephésiens, où il dit (ch. 2, 8) :
« Vous êtes sauvés par
grâce, par la foi, et cela ne vient pas de
vous, c'est un don de Dieu ; non par les oeuvres,
afin que personne ne se glorifie, etc. ». Et
pour prouver que nous ne donnons pas ici une
nouvelle interprétation de Paul, nous
mentionnons le témoignage de saint Augustin,
qui expose souvent ces choses, et qui enseigne
aussi que c'est par la foi en Christ, et non par
les oeuvres, que nous obtenons la grâce et
que nous devenons justes devant Dieu, ce que
démontre son livre De Spiritu et Litera tout
entier.
Bien que cette doctrine soit
méprisée de ceux qui ignorent les
tentations, il est cependant certain qu'elle est
éminemment consolante et salutaire pour les
consciences inquiètes et terrifiées.
Car la conscience ne pourra jamais trouver le repos
et la paix par les oeuvres, mais uniquement par la
foi, dès qu'elle s'assure que nous sommes
réconciliés avec Dieu par Christ,
comme le dit saint Paul, Rom. 5, 1 : « Etant
donc justifiés par la foi, nous avons le
repos et la paix avec Dieu ».
Autrefois, cette consolation
n'était pas offerte dans les sermons, mais
on renvoyait à leurs propres oeuvres les
pauvres consciences qui, dès lors, se sont
lancées dans toutes sortes de pratiques. Il
y eut des hommes que leur conscience poussait
à se réfugier dans les
cloîtres, dans l'espoir d'y acquérir
la grâce par la pratique de la vie
monastique. On inventa aussi des oeuvres
inédites pour acquérir la grâce
et faire satisfaction pour les
péchés. Mais beaucoup d'entr'eux ont
prouvé que l'on n'obtient pas la paix du
coeur par ces moyens. Il était donc urgent
de prêcher cette doctrine de la foi en Christ
et de l'inculquer avec insistance, pour qu'on sache
qu'on ne saisit la grâce divine que par la
foi, et sans aucun mérite.
Nous instruisons aussi tout
le monde, qu'ici nous ne parlons pas de cette sorte
de croyance qu'ont aussi les démons et les
impies.. Ceux-ci aussi croient aux faits
historiques; ils croient que Christ a souffert et
qu'il est ressuscité des morts. Mais nous
parlons de la véritable foi, de celle par
laquelle nous croyons que par Christ nous recevons
la grâce et la rémission des
péchés.
Quiconque possède
cette foi, sait que par Christ il a un Dieu
propice, il connaît donc Dieu, il l'invoque,
et il n'est pas sans Dieu comme les païens.
Car le diable et les incrédules ne croient
pas cet article, la rémission des
péchés. C'est pourquoi ils sont des
ennemis de Dieu incapables de l'invoquer et de
s'attendre à quelque chose de bon de sa
part. C'est dans ce sens que l'Ecriture parle de la
foi. Elle n'appelle pas foi la science que
possèdent les démons et les impies.
L'Epître aux Hébreux (ch. 11) nous
enseigne que la foi n'est pas la simple
connaissance des faits historiques, mais la
confiance que Dieu nous donne ce qu'il a promis.
Saint Augustin nous rappelle que le terme de «
Foi » dans les Ecritures signifie la confiance
en Dieu, - que Dieu nous est propice, - et qu'il ne
désigne pas seulement une connaissance
d'ordre historique, que les démons, eux
aussi, possèdent.
En second lieu, nous
enseignons qu'il est absolument nécessaire
que l'on fasse de bonnes oeuvres, non pas dans
l'intention de s'y fier et de mériter la
grâce, mais par amour pour Dieu, et pour sa
louange. C'est toujours la foi seule qui saisit la
grâce et la rémission des
péchés.
Or, puisque par la foi le
Saint-Esprit nous est donné, le coeur
devient aussi disposé aux bonnes oeuvres, et
capable de les accomplir. Car auparavant, puisqu'il
est sans le Saint-Esprit, le coeur est trop faible
: de plus, il est sous le pouvoir du diable, qui
pousse la misérable nature humaine à
des péchés innombrables, comme nous
pouvons le constater chez les philosophes, qui se
sont fait forts de mener une vie honorable et
irréprochable, mais qui n'ont point
réussi, puisqu'il est notoire qu'ils sont
tombés dans de gros vices. C'est ce qui
arrive chez l'homme lorsque, en dehors de la vraie
foi, et sans le Saint-Esprit, il se gouverne seul
par ses propres forces humaines. Il n'y a donc pas
lieu de reprocher à la doctrine de la Foi de
défendre les bonnes oeuvres. Au contraire,
elle est à louer de ce qu'elle apprend
à faire de bonnes oeuvres, et de ce qu'elle
offre précisément le secours
nécessaire pour les accomplir. Car en dehors
de la foi, et en dehors de Christ, la nature
humaine avec son pouvoir, est de beaucoup trop
faible pour faire de bonnes oeuvres, pour invoquer
Dieu, pour avoir patience dans les afflictions,
pour aimer son prochain, s'acquitter avec
zèle des devoirs de sa vocation, être
obéissant, et réprimer les mauvaises
convoitises. Ces grandes et véritables
bonnes oeuvres, on ne saurait les faire sans l'aide
de Christ, comme il le dit lui-même, Jean 15,
5 : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire
».
.
Article 21. - DE
L'INVOCATION DES SAINTS
En ce qui concerne
l'Invocation des Saints, nous enseignons que l'on
doit conserver la mémoire des Saints, afin
que notre foi soit affermie lorsque nous constatons
comment ils ont obtenu grâce, et comment ils
ont été secourus par la foi. De plus,
nous devons prendre leurs bonnes oeuvres pour
exemples, chacun selon sa vocation. Ainsi
l'empereur peut, avec une bonne conscience, suivre
l'exemple de David lorsqu'il fait la guerre aux
Turcs. Ils ont, en effet, été
établis rois tous les deux, et cet office
les oblige à protéger leurs sujets.
Mais on ne saurait prouver par l'Ecriture qu'on
doit invoquer les saints ou implorer leur secours.
Car il n'y a qu'un seul Réconciliateur et
Médiateur entre Dieu et les hommes :
Jésus-Christ (1 Tim. 2, 5), qui est l'unique
Sauveur, l'unique Souverain-Sacrificateur,
Propitiatoire et Intercesseur devant Dieu (Rom. 8,
34) ; et lui seul a promis d'exaucer nos
prières. Le culte le plus excellent, selon
l'Ecriture, consiste à chercher Christ et
à l'invoquer du fond du coeur dans tous nos
besoins et dans tous nos soucis. Saint Jean (1 Jean
2, 1) dit ceci : « Si Quelqu'un a
péché, nous avons un avocat
auprès de Dieu, Jésus le Juste
».
.
CONCLUSION DE LA
PREMIÈRE PARTIE
Voilà en somme le
résumé de la doctrine que l'on
prêche et enseigne dans nos églises,
pour une véritable instruction
chrétienne et pour la consolation des
consciences, et aussi pour encourager les
fidèles à amender leur vie. Nous
n'avons pas voulu exposer nos âmes et nos
consciences au grand et redoutable danger
d'encourir le châtiment divin en abusant du
nom et de la Parole de Dieu. Nous n'avons pas non
plus voulu transmettre à nos enfants et
à notre postérité une autre
doctrine que celle qui est conforme à la
pure Parole de Dieu et à la
vérité chrétienne. Puisque
notre doctrine est clairement fondée sur les
Saintes Ecritures ; puisqu'elle n'est nullement en
contradiction avec l'Eglise chrétienne
universelle, pas même avec l'Eglise romaine -
pour autant qu'on peut le connaître par les
écrits des Pères - nous estimons que
nos adversaires ne peuvent pas être en
désaccord avec nous quant aux articles
ci-dessus. Pour cette raison ils agissent donc
entièrement sans charité, avec
précipitation et contrairement à
l'unité chrétienne et à
l'amour, ceux qui se sont mis en tête de
rejeter les nôtres comme des
hérétiques, de les condamner et de
s'en tenir à l'écart, et cela sans
qu'ils puissent justifier leur conduite par aucun
commandement de Dieu ni par aucun témoignage
de l'Ecriture Sainte. Car l'aberration et le
désaccord portent principalement sur divers
abus et certaines traditions. Puisque donc on ne
trouvera chez nous aucun article principal qui soit
erroné ou destitué de fondement ;
puisque cette Confession que nous présentons
est une Confession divine et chrétienne : il
serait équitable que les
évêques se montrassent plus
modérés, même s'il se trouvait
chez nous un défaut en ce qui concerne la
tradition. Cependant nous espérons produire
des raisons solides qui nous ont portés
à nous écarter de quelques traditions
et a corriger certains abus.
DEUXIÈME
PARTIE
ARTICLES QUI SONT
CONTESTÉS ET OÙ L'ON TRAITE DES ABUS
QUI ONT ÉTÉ CORRIGÉS
(ici)