La Bible et les
Eglises, une histoire
mouvementée...
Les Eglises
ont à faire le choix du canon de la Bible,
de la langue, ainsi que des versions, pour parvenir
à un relatif consensus avec la TOB.
405: la
Bible en latin
A la demande
du pape Damase, Jérôme réalise
la première traduction correcte de la Bible
en latin : la Vulgate. Jérôme a pris
la peine d'apprendre l'hébreu auprès
de savants juifs et de retrouver des manuscrits
très fiables de la Bible. Sa version
d'excellente qualité a été
utilisée dans la chrétienté
occidentale jusqu'a la fin du XIX ème
siècle.
1120 : les
Psaumes en gallican
La
première traduction du Psautier en langue
d'oïl est réalisée à
Canterbury en Angleterre. A cette époque en
effet, les rois d'Angleterre sont des descendants
de Guillaume 1er et parlent le dialecte
gallican.
1215: les
Vaudois persécutés
Le Concile de
Latran condamne comme hérétique le
mouvement des Pauvres de Lyon lancé par
Pierre Valdo, pour avoir fait traduire des passages
de la Bible en langue vulgaire et pour oser
prétendre que tous, prêtres et
laïcs, sont capables de prêcher
l'Evangile. Le Concile de Toulouse de 1229
réaffirme la position de l'Eglise :
" Nous prohibons qu'on permette aux laïcs
d'avoir les livres de l'Ancien et du Nouveau
Testament " (canon 14).
1530:
première Bible en français
Jacques
Lefèvre d'Etaples, un prêtre,
réalise la première traduction en
français de la Bible complète,
à partir de la version latine de
Jérôme. Le diocèse de Meaux
auquel il appartient est à cette
Èpoque un lieu de rencontre pour des
chrétiens catholiques progressistes. Ils
sont soucieux d'une plus grande
fidélité à l'Evangile, mais
l'opposition avec l'Eglise de Paris, plus
conservatrice, est latente.
1535: une
Bible protestante
Avec l'aide
financière des Eglises protestantes de
Suisse, d'Italie et de France, Robert
Olivétan publie la première
traduction protestante de la Bible en
français. Contrairement à l'attitude
de l'Eglise catholique, la Réforme encourage
l'accès de tous à l'Ecriture comme
norme pour la foi et pour la vie. Mais dès
le XVI ème siècle, les protestants se
divisent sur la façon de lire et
d'interpréter la Bible, ce qui donne
naissance ý de nouveaux mouvements
quelquefois rivaux.
1545-1563:
le Concile de Trente
Les
Réformateurs font figurer les livres
apocryphes dans leurs traductions de la Bible, mais
en général, ils les regroupent
ý la fin de l'Ancien Testament. Ils
avertissent que ces livres sont intéressants
du point de vue de l'Èvolution de la
pensée religieuse, mais qu'on ne peut pas y
fonder la foi puisque le judaïsme ne
reconnaît pas leur inspiration.
Lors du
Concile de Trente, l'Eglise catholique
réaffirme la pleine inspiration de ces
livres et les qualifie ý cette occasion de
"Deutérocanoniques". Elle décide de
plus que la version latine de la Bible "doit
être tenue pour la seule authentique pour les
leçons publiques, les prédications et
les explications". Elle rappelle que "la lecture de
la Bible en langue vulgaire, Si elle est permise a
tous sans discernement, cause plus de dommage
qu'elle ne procure d'utilité".
1685: la
Bible interdite
A partir de
la révocation de l'Edit de Nantes par Louis
XIV en 1685, la religion réformée est
interdite dans le Royaume de France : les pasteurs
doivent quitter le pays, les temples sont
rasés, les protestants deviennent
hors-la-loi.
Impossible
d'imprimer des bibles en France. La ville de
Genève prend le relais et devient la plaque
tournante d'un important trafic clandestin.
Posséder une bible devient très
compromettant. Il faut pouvoir la cacher, aussi les
livres deviennent-ils beaucoup plus petits. Pour
permettre à ces Èglises clandestines
de fonctionner sans pasteur, les Èditeurs
ajoutent dans les Bibles les Psaumes mis en
musique, les confessions de foi, la liturgie pour
le baptême ou la Sainte Cène, le
catéchisme, etc.
1898:
premières indulgences
Après
50 ans de conflit ouvert entre les protestants qui
ont créé les Sociétés
bibliques pour diffuser plus largement la Bible, et
l'Eglise catholique qui campe sur ses positions
depuis le Concile de Trente, le Pape Léon
XIII accorde en 1898 des indulgences aux
fidèles qui font des lectures pieuses de la
Bible. tin premier signe modeste pour encourager
les chrétiens catholiques à lire la
Bible.
1956: la
Bible de Jérusalem
L'excellente
traduction réalisée par les
Dominicains de l'Ècole biblique de
Jérusalem marque le début d'un
renouveau biblique sans précédent
dans l'Eglise catholique. Elle inaugure
Ègalement une nouvelle attitude des
traducteurs de la Bible qui font passer la rigueur
scientifique avant toute préoccupation
doctrinale.
1965: lire
la Bible ensemble
Dans la
logique du concile Vatican II, le Pape Paul VI
déclare en 1965 que "des traductions de la
Bible pourraient être Ètablies avec
les frères séparés de nous et
pourront servir ý tous les chrétiens"
(Constitution Dei Verbum.).
La Traduction
oecuménique de la Bible (TOB) qui
paraît en 1972 et 1975 est une
première mondiale : pour la première
fois, catholiques, protestants et orthodoxes sont
capables de traduire la Bible ensemble et
mÍme de proposer des notes d'accompagnement
Cette nouvelle version a joué un rôle
déterminant de rapprochement entre les
chrétiens de toutes confessions, qui
redécouvrent aujourd'hui la Bible comme la
source commune de leur foi, de leurs pratiques, et
comme la Parole de Dieu qui les interpelle
tous.
Christian
Bonnet, Alliance Biblique Française