Le livre des Nombres. que nos
lecteurs connaissent, rapporte comment après
une exploration du pays de Canaan par des
éléments de reconnaissance,
très impressionnés certes par la
richesse mais aussi par la puissance des
adversaires qu'il fallait affronter pour entrer
dans la « Terre promise ». Le peuple
d'Israël parvenu à Cadès,
frontière sud de Canaan. dut renoncer au
plan initial et faire un large détour pour
revenir prendre ses positions par delà le
Jourdain, sur la frontière de l'est. en vue
de l'invasion.
La Bible donne certes
à cette manoeuvre des motifs qu'aucun
historien ne saurait discuter : Yahvé punit
de cette manière ceux qui ont manqué
de foi en Lui, en sa promesse, et en sa
toute-puissance. Mais rien n'empêche de
constater, lorsque l'occasion s'en présente,
comment l'accomplissement des desseins de Dieu
paraissent s'harmoniser parfois de façon
évidente avec les faits connus autrement
qu'à travers le texte biblique.
Rationaliste, on verra là une adaptation a
posteriori faite par l'auteur sacré qui
écrit après l'événement
dont il a connaissance, et dont il pouvait tirer
parti. Raisonnant et raisonnable, on peut aussi
considérer tout bonnement que Dieu est
maître de tout... et aussi de l'histoire
profane des hommes. Rien ne s'oppose à ce
qu'elle recoupe çà et là l'
« Histoire sainte » ; la première
n'engageant d'ailleurs jamais la seconde, pour ce
que celle-ci apporte d'enseignements
inspirés.
Il se trouve qu'outre les
motivations issues de la juste colère de
Yahvé à la suite de la révolte
de son peuple près de Cadés (Nombres,
chap. 14), il existe des raisons militaires, dignes
d'être prises en considération par les
hommes avisés que devaient être
Moïse et les chefs des Hébreux, pour
que les tribus d'Israël « changent de
direction » et fassent un crochet « dans
la direction de la mer Rouge » avant de
revenir, bien plus tard, sur leur objectif.
Nous sommes, d'un avis quasi
unanime, dans les décennies qui
précédent immédiatement l'an
1200 av. J.-C. C'est l'époque où
commence la décadence de l'empire
égyptien devant les incursions de plus en
plus puissantes des« peuples de la mer »
dans les territoires théoriquement soumis
à Pharaon. Le delta du Nil n'en est pas
lui-même exempt. Le danger à l'ouest
est en Libye, et l'armée égyptienne
devra livrer sur son propre territoire une grande
bataille contre l'envahisseur venu de ce pays. Il
est aussi à l'est avec, par exemple, le
débarquement sur la côte de Canaan des
Philistins, qui semble bien se situer à
cette date :
les espions des
Hébreux partis de Cadés n'en font pas
encore mention, mais Josué les rencontrera
lors de la conquête de la Terre promise
(Josué, chap. 13, vers. 2 et suivants).
Cette menace est aggravée par la
présence des Hittites, contre qui
Ramsés Il a déjà dû
guerroyer sur l'Oronte, près de la
Cadés du nord, vers 1285 av. J.-C.
Or voici que la stèle
découverte dans le temple des morts de
Ménephtah (1235-1224 env. av.
J.-C.; un des successeurs de
Ramsés II), à Thèbes, relate
une campagne victorieuse des forces
égyptiennes sur ce qui sera désormais
appelée « la Palestine ».
Ebranlée, affaiblie,
l'Egypte était encore singulièrement
redoutable au regard de ce que pouvait être
l'armée constituée par les guerriers
des douze tribus errantes du désert.
Humainement, mieux valait laisser le champ libre
à Pharaon qui ne pouvait, lui, que
pénétrer par le sud en Canaan, et
qu'affaiblir, par la guerre qu'il y allait mener,
les redoutables places fortes et les peuples qu'on
affronterait un jour.
Le nom d'Israël sur un
monument égyptien Le texte gravé sur
cette stèle est éloquent : « La
joie règne en Egypte,... le pays des
Hittites est pacifié, Canaan est conquis
avec tous ses peuples, Ascalon est soumise,
Gézer emportée, Yéonam
ruinée. » Et pour la première et
unique fois, le nom même d'Israël figure
ici sur un monument égyptien. On peut y lire
: « Israël est ravagé. »
Comment l'expliquer?
Peut-être certaines
fractions du peuple hébreu, suivant une
autre voie que celle de Moïse, eurent-elles
affaire aux troupes de Ménephtah.
Peut-être aussi le pays' d'où
était venu Jacob-lsraël, et que les
Hébreux revendiquaient notoirement, est-il
seul visé ?
Quoi qu'il en soit, cette
pièce rare; jette peut-être un jour
nouveau sur les hésitations d'Israël au
seuil, méridional de la Terre promise, et
permet-elle de fixer une date approximative aux
événements rapportés par les
Nombres, de Cadès-Barné aux plaines
de Moab : autour de 1230 av. J.-C.
En ce
temps-là, la Bible No 14 pages II-
III.
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En ce temps-là, la Bible